En Chine, le Parti tremble

Un tremblement de terrre, selon la tradition populaire chinoise, n’est pas seulement un accident naturel ; il ne relève pas seulement de la fatalité. De tradition, tout tremblement de terre est annonciateur de mouvements profonds qui affecteront la société toute entière. On se souvient encore en Chine, et je m’en souviens personnellement pour y avoir assisté sur place, que le gigantesque séisme du Hebei en 1976, qui avait ébranlé Pékin, précéda de peu le décès de Mao Zedong. Il eut été difficile aux Chinois, à cette époque, de ne pas relier les deux événements à la manière dont on croyait naguère que les catastrophes naturelles anticipaient toujours sur la mort de l’empereur régnant. Quelque quarante ans plus tard, le Parti communiste est parvenu à réduire en poussière la plupart des institutions religieuses, à anéantir les monastères bouddhistes et le clergé taoïste ; mais les croyances populaires sont restées intactes, plus solides que jamais peut-être, tel un ultime rempart de la pensée individuelle contre l’idéologie totalitaire officielle.
Il est certes trop tôt pour deviner comment les victimes du Sichuan et le peuple chinois vont interpréter la toute récente catastrophe, mais la réaction rapide, claironnée par les médias officiels et apparemment efficace, des secours publics aux victimes est significative. Le Parti entend prouver qu’il est à l’écoute des populations, ce qui a rarement été le cas naguère, et qu’il est désormais indispensable de réagir avec une efficacité moderne à une catastrophe naturelle ; les secours et la mise en scène des secours, la mobilisation des médias autant que celle des militaires ont pour but de sauver des vies – certes, mais aussi d’arracher les Chinois à leur superstition. Il est essentiel, du point de vue du Parti communiste, de démontrer qu’il est humaniste et rationnel et que le tremblement de terre n’annonce rien, qu’il n’est pas surnaturel, qu’il ne laisse présager ni la mort de l’Empereur, ni un changement de régime. Ce gigantesque effort de secours matériel et de persuasion psychologique est d’autant plus essentiel à la survie du Parti que les Jeux Olympiques approchent ; or, ces Jeux ont été organisés pour témoigner à la face du peuple chinois et à la face du monde que la Chine est bien entrée dans l’ère de l’efficacité et de la rationalité. Ce qui est en cause au Sichuan par-delà les victimes, ce sont donc les Jeux Olympiques et le changement de paradigme culturel que ces Jeux sont supposés incarner.
Peut-être le Parti parviendra-t-il à persuader la population, du moins celle qui s’exprime, qu’une catastrophe naturelle n’est pas surnaturelle et que le Parti est bien du côté du peuple puisqu’il vient à son secours. Mais chasser le surnaturel, c’est alors le réalisme politique qui prend sa place. On sait, par les nombreux reportages sur place, que les victimes se trouvent pour l’essentiel être des travailleurs migrants : ce sont des Chinois originaires des campagnes, partis sur les routes à la recherche d’emplois sur les chantiers ou dans les petites industries, logés dans des maisons de fortune, dans des régions naturellement inhabitables et jusque-là inhabitées, qui constituent le gros peloton des victimes. Le surnaturel n’explique pas leur mort mais la politique d’exploitation de ces paysans appauvris, méprisés et négligés par le Parti communiste, oui, cela explique à la fois le nombre des victimes et leur commune origine sociale.
Pareillement, les journalistes sur place et les survivants constatent que les bâtiments qui se sont écroulés en premier et qui ont tué le plus grand nombre, se trouvent être des bâtiments publics, les écoles et les hôpitaux. Chacun sait, en Chine, combien une forme de corruption commune dans les rangs du Parti communiste consiste à économiser sur les matériaux et les normes de construction. Les enfants écrasés par les murs de leur école sont les victimes de la corruption des bâtisseurs, des entreprises et des officiels, autant qu’ils sont les victimes du tremblement de terre. Ça, la population le sait et toutes les gesticulations des secours et des dirigeants nationaux ne sauraient éradiquer cette source de haine collective du peuple chinois envers le Parti.
Ainsi vont la Chine et les régimes tyranniques ; le Parti est persuadé de tout contrôler, mais c’est l’inattendu souvent qui révèle les failles du système, l’hypocrisie du discours et les injustices les plus insupportables. En même temps que ce tremblement de terre au Sichuan, on apprend qu’à Pékin un virus mystérieux tue les enfants, ce qui rappelle les paniques de ces années récentes provoquées par la pneumonie atypique (SARS), la grippe aviaire et l’épidémie de sida. Epidémies et catastrophes naturelles (ou peu naturelles s’il s’avère que le barrage des Trois Gorges pourrait lui aussi s’écrouler) me semblent des menaces plus sérieuses sur la tyrannie communiste que les pamphlets démocratiques disséminés sur les sites web. Le Parti a résolu d’emprisonner les dissidents mais, contre les virus, les croyances populaires et les secousses sismiques, le Parti est nu.

où est passé la recession?

On l'attendait , on la guettait , on l'espérait . Et puis rien , un ralentissement, sans plus. Le chômage US ne s'est pas envolé . Les propriétaires qui avaint mal parié sur leur capacité de rembourser leur crédit ont  choisi des logements plus petits  ou sont devenus locataires. La bourse va bien . Quelques banques sont ruinées, trop peu compte tenu de leur mauvaise gestion. Il n'est plus question de récession mais de reprise : le pire ennemi de l'économie est la panique et la tentation d'oublier tout ce qui avait été appris. Le capitalisme mondial semble donc avoir absorbé le choc, plus facilement là où le marché est flexible qu'inflexible.Chaude alerte tout de même dont les leçons sont claires : les banquiers sont incapables de gérer les risques tant le dollar est abondant et les systémes de placement sans contrôle.Mais les fondements du capitalisme ont résisté , parce que solides et parce que les autorités politiques et monétaires , fortes des expériences malheureuses de 1930 et 1973 , n'ont pas cédé aux sirénes keynésiennes, de l'inflation et du protectionnisme.

Guy Sorman et Jacques Sapir : le libéralisme ne peut pas se passer de la nation

Dans un récent essai, l’économiste Jacques Sapir met en cause le « libéralisme dogmatique » et réaffirme la nécessité de l’interventionnisme étatique en Europe. Un point de vue que conteste Guy Sorman, pour qui le libéralisme a fait la preuve de sa supériorité. Entretien croisé.

LE FIGARO. – Jacques Sapir, vous parlez d’un « nouveau XXIe sècle » . Quels sont, selon vous, ses traits distinctifs ?
Jacques SAPIR. – Pour moi, le XXe siècle se termine en 1991, avec la dissolution de l’URSS et la guerre au Koweït. On imaginait que le nouveau siècle serait « américain » et que l’avenir se déclinerait à partir des deux axiomes : le marché et la démocratie libérale. Un certain nombre de faits remettent en cause cette configuration : notamment le sursaut de la Russie, l’émergence de la Chine, mais aussi la crise financière internationale qui a suscité de nouvelles stratégies économiques.
Ainsi, le développement des années 1990 s’est construit sur des prix énergétiques faibles. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les problèmes de transport vont redevenir essentiels. Plus largement, et cela vaut aussi pour l’Europe, l’erreur d’un certain libéralisme dogmatique a consisté à oublier que les biens collectifs ne sont pas formés par l’addition des biens individuels. Nos sociétés doivent assumer l’autonomie du collectif et ne pas renoncer à la notion de bien public. La société n’est pas une assemblée d’individus privés. On connaît mieux aujourd’hui certaines lois qui démontrent que l’individu agit toujours en interaction avec les autres.
Guy SORMAN. – Je ne partage pas le discours qui consiste à opposer le mauvais capitalisme financier au bon capitalisme industriel. Les deux sont liés parce qu’il n’y a pas d’économie réelle sans système de crédit. Cela dit, la panne du capitalisme financier est indéniable. Elle a, je crois, deux causes : la première est l’absence de régulation professionnelle sérieuse, l’autre est la suprématie du dollar qui a conduit au laxisme bancaire de Wall Street.
Pour l’avenir, on devrait évoluer vers une sorte d’équivalent de l’OMC qui régulera la mondialisation financière et fera respecter des normes plus strictes. Grâce à ce que nous savons des crises antérieures, celle de 1929-1930 et de 1973-1976, les autorités américaines et européennes ne commettent plus les mêmes erreurs qu’à l’époque. Elles n’assèchent pas le crédit pour purger le système, comme en 1930. Elles agissent de manière plus intelligente parce que les économistes disposent d’un stock de connaissances théoriques et expérimentales à peu près consensuelles. Si l’économie n’est pas une science exacte, on peut parler d’une « scientisation » de l’économie.

Un certain dogmatisme libéral n’impose-t-il pas une forme de corset à la pensée économique ?
G. S. – L’intransigeance libérale n’est pas condamnable en soi, ne serait-ce que pour éviter de retomber dans les erreurs du socialisme. Il convient aussi d’expliquer que les libéraux ont introduit dans leur théorie des nouveaux paramètres, sous-estimés il y a trente ans. Le libéralisme a beaucoup évolué : il prend mieux en compte le rôle des institutions. L’arbitrage est reconnu comme nécessaire, parce que l’homo economicus n’est pas aussi rationnel qu’on le croyait en 1980, à l’école de Chicago. Là-dessus, je rejoins Jacques Sapir : la société ne se réduit pas à un agglomérat d’individus. Le libéralisme l’a emporté. Le monde a vraiment changé, pas du tout grâce au socialisme, mais grâce à la mondialisation du marché. J’ai vécu en Inde, en Chine ou au Brésil : ce qui se passe là-bas était inconcevable il y a trente ans. Un taux de croissance à 8 ou 10 %. Cela n’était pas envisagé par les adversaires du libéralisme. Jusque dans les années 1980 régnaient le marxisme mais aussi une pensée pseudo-culturaliste qui attribuaient au sous-développement des causes civilisationnelles.
J. S. – Je ne suis pas certain que les idéologues du libéralisme dogmatique soient prêts à aller à Canossa. Plus de 80% des économistes, notamment dans les grands organismes internationaux (FMI, Banque mondiale), croient encore pouvoir faire des prévisions à partir d’une pure mécanique rationnelle. Vous vous rendez compte qu’ils écrivent dans leur tête « Rationalité » comme on écrit « Dieu », avec un R majuscule.
Le mythe d’une économie conçue comme un mécanisme d’horlogerie, dépourvue de toute historicité et d’enracinement dans des contextes politiques locaux et dans l’action collective a la peau dure.

N’y a-t-il pas des systèmes culturels, notamment en Afrique, qui restent rétifs aux modes de développement générés par l’économie de marché ?
G. S. – L’interprétation culturaliste subsiste mais elle se restreint. Quand la Chine, le Japon et la Corée se sont développés, on s’est aperçu que le confucianisme n’était pas incompatible avec le développement, contrairement à ce que croyait Max Weber. En Inde, l’hindouisme était supposé hostile au développement, or on voit bien où en est ce pays aujourd’hui. Quant à l’Afrique, dont on disait qu’elle n’arriverait jamais à décoller, l’économiste François Bourguignon parle du « G13 africain » ; il a repéré treize pays engagés dans la voie du développement. L’explication culturaliste a été balayée par l’histoire de ces vingt dernières années et les États africains qui ont réussi à mettre en place des institutions stables ont des taux de croissance convenables.
J. S. – Il ne faut pas négliger l’influence de la culture. Par exemple, entre Taïwan et la Corée, les différences historiques conditionnent les mentalités. L’homme est un être historique, il peut donc changer, mais il reste influencé par les mentalités ambiantes. En outre, le progrès n’est pas identique partout et les écarts de richesse s’accroissent aussi. Pour que cette dynamique puisse s’inscrire dans la durée, il va falloir prendre le taureau par les cornes et, par exemple, pousser les Chinois à construire un marché intérieur. Le poids de leurs exportations vers les États-Unis a d’ailleurs tendance à diminuer. Enfin, dans le cas de la Russie, le rebond économique, commencé lors de l’hiver 1998-1999 et poursuivi depuis le début du siècle, aurait pu s’arrêter en raison des tensions qui ont secoué ce pays en 2003 ou 2004. Toute une partie de la population n’en profitait pas et les inégalités régionales devenaient tragiques, notamment dans le Caucase du Nord. C’est là que l’intervention volontariste de l’État a été décisive. Le gouverne- ment russe a développé des programmes d’investissements publics en santé et en éducation.

Voilà un discours qui change des années 1980 où certains annonçaient la fin de l’État et le « temps des entreprises ».
Sur l’Europe, êtes-vous optimistes ? Son modèle n’est-t-il pas en déclin ?
G. S. – J’évoque, dans mon livre, un certain décrochage économique de l’Europe, mais je ne crois pas à son déclin historique. Je ne partage pas les théories ambiantes sur le déclin de la France, parce que notre pays ne souffre que d’un défaut d’ajustement des politiques économiques. Celles-ci sont incohérentes ou discontinues. On sait ce qu’il conviendrait de faire, moins d’État et plus de dynamisme, mais nous avons du mal à passer du diagnostic à la thérapie.
Doit-on évoquer une défaillance pédagogique de la classe politique dans son ensemble ? C’est possible, tant la tradition française fut longtemps antilibérale... Reste l’Europe : la question est celle de l’intégration, ou non, de nouveaux membres dans notre zone de prospérité et de paix relative. Je crois que la Russie comme, d’ailleurs, la Turquie devraient, à terme, rejoindre l’Europe. Revenons à l’idée de Jean Monnet : l’Europe, c’est la paix par le commerce. Vouloir faire jouer à l’Europe un rôle autre que celui pour lequel elle a été conçue me paraît voué à l’échec.
J. S. – Je suis moins optimiste. Sur l’Europe courent des idées reçues. La première est que les Allemands s’en tireraient bien parce qu’ils ont fait plus d’efforts. Ils s’en tirent bien parce qu’ils ont fait des choix astucieux mais de court terme. Ils ont délocalisé une partie de la production des composants des produits industriels qu’ils exportent hors de la zone euro. Ils réimportent et vendent leurs produits finis à bas prix. Cela ne durera pas. La question d’un euro trop fort se posera aussi pour l’Allemagne, mais avec un temps de retard par rapport à nous. Il y aura un problème de coordination des politiques nationales.
Plus profondément, ce qui m’inquiète, c’est le prisme économique de la Commission européenne. Celle-ci a beaucoup vanté certains pays, comme l’Irlande, la Grande-Bretagne et l’Espagne, en raison de leurs faibles déficits publics. Or les politiques de ces pays sont fondées sur l’endettement des ménages. Plus de 124% d’endettement en Espagne, 130% en Grande-Bretagne. Chiffres supérieurs encore, en Irlande. Une partie du débat actuel sur les déficits est faussée parce qu’on ne parle pas de la dette des ménages. Je préfère vivre dans un pays où la dette publique est trop forte mais où la dette des ménages est sous contrôle, que l’inverse.
Les conséquences sur le taux d’épargne et la fragilité des systèmes financiers vont être terribles. Et je crains que l’Espagne, en 2008 et 2009, soit l’équivalent de ce que fut l’Autriche en 1930 : le pied de transmission de la crise des marchés hypothécaires dans la zone euro. Il faut savoir que la charge moyenne d’intérêt représente, en moyenne, 55% des revenus disponibles des ménages espagnols, et les prêts à l’immobilier 65% des engagements des banques
espagnoles !
Paradoxalement, je me demande si certains éléments, dont on nous dit qu’ils contribuent au retard français, ne sont pas des signes de robustesse.

Avons-nous encore les moyens, dans une économie mondialisée, de mener une politique nationale ? Nation et marché sont-ils compatibles ?
J. S. – Ces deux notions sont parfaitement compatibles. Quand des gens s’étonnent et disent : « Mon Dieu, c’est affreux, les Russes sont devenus nationalistes ! », je leur dis que s’ils n’avaient pas eu cette notion de nation à laquelle se raccrocher, ils ne seraient pas sortis de la crise de 1998 ! La nation, c’est d’abord une volonté de vivre ensemble ; et cela ne concerne pas que les grands pays. Ceux qui disent que nous n’avons plus les moyens, nous Français, d’être une nation ont deux fois tort. Il ne faut pas sous-estimer ce que la France représente en tant que potentiel économique. Et puis vous connaissez la formule de Mark Twain : « La nouvelle de ma mort est prématurée »... Je crois que l’on va voir un retour des nations, parce que nous sommes face à une crise structurelle. La souve- raineté nationale a encore son rôle à jouer, notamment à travers une forme raisonnable de protectionnisme. Celui-ci peut être un bon instrument pour amener certains à prendre conscience de certaines nécessités.
Le jour où les autorités chinoises comprendront qu’elles ne peuvent plus se comporter en prédatrices en matière de commerce international, elles se poseront peut-être le problème de la construction d’un marché national. Elles réviseront la relation qu’elles ont avec leur population. C’est ici que la question de l’État et de sa nature est fondamentale. En Afghanistan, par exemple, la question n’est pas de savoir si on envoie, ou pas, des milliers de soldats, mais comment on construit un État.
G. S. – La nation est partie intégrante de ma conception libérale du monde présent. Chacun est de son lieu mais aussi citoyen de son temps, sans qu’il y ait contradiction entre les deux. Cette citoyenneté du temps, souvent inconsciente, nous familiarise avec des idées qui n’existaient pas il y a cinquante ans, comme le concept de mondia- lisation par exemple ; et nous sommes évidemment plus mobiles. Cela explique que des millions de Français travaillent hors de France, sans devenir moins français pour autant. Il n’y a pas d’incompatibilité entre l’identité nationale et la participation aux affaires du monde. Enfin, il ne faut pas confondre nation et État. En Afrique, des nations n’ont pas d’État, ou ceux-ci ravagent la nation. En France, c’est le privilège des démocraties, il existe un lien fort entre les deux notions. Nous avons la chance d’avoir un État qui, s’il n’est pas très bien géré, ne l’est pas aussi mal qu’on le dit...

Propos recueillis par JACQUES DE SAINT-VICTOR et PAUL-FRANÇOIS PAOLI
Le Figaro, 28 avril 2008.

Qu'est-ce que l'Occident ?

Qui n’a entendu parler du « choc des civilisations ? ». Inventé par Samuel Huntington,  dans les années 1990, l’expression est  devenue universelle. Dans les années 50, l’économiste français Alfred Sauvy avait rencontré un succès comparable avec le terme de « tiers-monde. L’une des raisons pour lesquelles ces expressions sont facilement acceptées est qu’elles n’obéissent à aucune définition claire. Le « choc des civilisations », en d’autres termes moins élégants, l’Occident face au reste du monde, est censé décrire la réalité. Mais, « Occident » est assez vague pour inclure une vaste gamme de nations et de cultures sans décrire leurs caractéristiques communes.

Mais, qu’est-ce que l’Occident ? Que signifie occidentalisation ? Pourquoi le Japon est-il considéré plutôt comme occidental et non la Chine ? Où situera-t-on Shanghai ? La Russie fait-elle partie de l’Occident ?

De ces incertitudes, il est évident que l’Occident n’est pas une entité géographique. Probablement, est-il né d’emblée, instauré comme état d’esprit lorsque les Grecs, il y a 25 siècles, se perçurent comme d’Occident face aux Perses d’Orient. Ayant perdu toute base territoriale simple depuis lors, « l’Occident » a toujours été un concept universel plus qu’une notion géographique.

être occidental ou occidentalisé, c’est avant tout épouser une façon de penser qui ne correspond pas à un continent particulier, ni à une nation ou religion spécifique. L’erreur de Huntington, me semble-t-il, a été d’enfermer l’Occident dans des frontières nationales, alors qu’il n’existe pas de carte de l’Occident.

Aucune représentation géographique de l’Occident n’est viable puisque certaines nations asiatiques sont devenues occidentales (Japon, Taïwan), tandis que des groupes non occidentaux (musulmans en Europe) vivent dans des pays dits occidentaux, que des pays orientaux sont partiellement occidentalisés et que des pays occidentaux (Russie) ne sont pas totalement occidentalisés. Il paraît plus simple de définir les frontières mentales de l’Occident que son territoire.

Cet Occident mental est un état d’esprit que l’on pourrait définir par trois caractéristiques fondamentales que l’on retrouve difficilement dans les civilisations orientales : la passion pour l’innovation, la capacité de l’autocritique et l’égalité des sexes

Le salut employé depuis l’époque romaine, « Quoi de neuf ? » est l’essence même de l’esprit occidental. A contrario, les non Occidentaux placeront plutôt la tradition avant l’innovation. L’innovation en Occident est le socle au fondement des avancées scientifiques : le conflit avec les sociétés non occidentales conservatrices en devient inéluctable. Mais au sein de l’Occident lui-même, la dynamique de l’innovation suscite ce que nous pourrions appeler « l’occidentalisation de l’Occident ».

L’Occident ne cesse, en effet, de détruire ses propres traditions, y compris ses religions. L’économiste Joseph Schumpeter a qualifié ce processus de « destruction créatrice », terme qui pourrait s’appliquer à tous les domaines de la vie. Les conservateurs occidentaux ne sont pas moins enclins à la destruction créatrice que les progressistes occidentaux : il est connu qu’ils inventent des traditions. Ils sont, en somme, plus occidentaux que conservateurs. On pense à Benjamin Disraeli, Premier ministre britannique du XIXe siècle, qui a inventé la plupart des soi-disant traditions anciennes de la monarchie britannique.

Autant que l’innovation, l’autocritique est une caractéristique occidentale. Dans la plupart des civilisations non occidentales, si ce n’est dans toutes, l’orguueil et l’amour de soi excluent l’autocritique ou au moins la critique de sa propre civilisation. Un savant musulman ou chinois ne peut être défini comme véritablement chinois ou musulman s’il critique son propre monde. Ce n’est pas tout à fait le cas en Occident.

Le savant occidental garde sa légitimité même s’il critique vertement les valeurs occidentales, alors qu’aucun Nietzsche chinois ou musulman n’affirmerait à notre connaissance que son propre dieu est mort. Un Montaigne chinois ou musulman serait-il prêt à écrire que les « Indiens sauvages » sont peut-être plus sages que nous, comme le fit Montaigne au XVIe siècle ?

Il existe probablement des Montaigne ou des Nietzsche chinois ou musulmans, mais il y a peu de chances pour qu’ils soient un jour reconnus comme des figures phares de leur civilisation. L’autocritique – et non l’amour de soi – avec le relativisme culturel qui l’accompagne forment l’ossature de la mentalité occidentale.

Il en va de même pour l’égalité des sexes, même si cela n’a pas toujours été le cas. Que les femmes soient inférieures aux hommes – un préjugé prévalait dans les religions grecque ancienne, juive et chrétienne – est controversé en Occident depuis des siècles. De nos jours, l’égalité des sexes en Occident est la norme, ce qui n’est pas le cas dans une grande partie des civilisations non occidentales. D’aucuns soutiennent que l’égalité des sexes est une conséquence du processus de modernisation et non de l’occidentalisation. C’est peut-être exact ; il n’empêche que le statut des femmes est sans aucun doute l’une des grandes questions qui opposent les musulmans non occidentaux à l’Occident.

Si nous acceptions la définition de l’Occident comme état d’esprit, trois grandes questions restent posées : l’Orient peut-il être modernisé sans être occidentalisé ? Où se passe la frontière entre Occident et Orient ? L’Ouest restera-t-il occidental ?

Jusqu’à présent, l’histoire ne fournit pas d’exemple de modernisation non occidentale. Le discours sur les valeurs asiatiques, qui a vu le jour à Singapour, est essentiellement politique. Ce n’est qu’après avoir embrassé l’innovation à l’occidentale et l’autocritique que les pays asiatiques sont devenus modernes.

Ils n’en sont pas moins asiatiques. Coréens et Japonais d’aujourd’hui demeurent totalement coréens ou japonais mais ils sont plus proches des Occidentaux que de leurs propres ancêtres. De même, les Egyptiens ou Saoudiens modernes sont plus proches des Français ou des Américains que de leurs aïeux arabes.

L’occidentalisation fait-elle des Egyptiens ou des Saoudiens modernes des Arabes moins authentiques ? Ce débat a lieu dans toutes les sociétés orientales : ce qui nous amène au véritable choc des civilisations. Toutes les sociétés contemporaines sont fragmentées entre les pro- et les anti-occidentalisation. Ce choc au sein des civilisations sur le sens de la modernisation est plus lourd de sens que le soi-disant conflit de Huntington entre des entités géographiques.

Cette controverse sur les effets irréversibles de la modernisation, qualifiée aussi  de « crise d’identité », n’épargne pas les pays occidentaux. Des groupes de fondamentalistes, non négligeables en Occident même, luttent contre le processus d’occidentalisation au nom de traditions anciennes ou reconstruites. Mais une société occidentale où l’on ne commencerait pas la journée par « quoi de neuf » ne serait plus occidentale.

Copyright : Project Syndicate/Institute for Human Sciences, 2008.

Margaret , le retour. Sarkozy , la distraction.

En Grande-Bretagne : Un ultra-libéral, comme on dit en France , élu maire de Londres : signe des temps ou singularité anglaise ? Il n'existe pas chez nous de  personnage politique équivalent à Boris Johnson , conservateur , anarchiste , extravagant , toqué de libre- marché  , intellectuel  reconnu de surcroît. Et nostalgique de l'épopée  Thatchérienne. Il est remarquable aussi que Johnson  succède à  un trozkyste , Ken Livingstone. Ken le Rouge , personnage également pittoresque , tendance Monty Python, laissera son nom dans l'histoire locale pour son anti-sionisme évidemment pas antisémite , trés délirant et la taxe sur les véhicules  pour accéder au centre de Londres : cette derniére proposition , assez efficace, a été écartée par le maire de Paris en raison de son caractère ... libéral . Les gauchos des uns sont les néo des autres : la Manche reste infranchissable aux concepts.

Ce n'est pas comme  la Méditerranée : elle   réunit les peuples , c'est notoire . Perplexité : qu'est-ce que les pays autour de la Méditerranée ont en commun sinon une vue sur la mer? Au nom de quel principe unificateur , Sarkozy entend-t-il fonder son ( elle est à lui , cette chanson ) Union Méditerranéenne ? La géographie dicte-t-elle encore la stratégie ? L'Union en question , n'est-elle pas une distraction ? Une manière d'éluder la réalité du temps , la mondialisation par exemple? Victimes de cette nouvelle lubie , ou vaste ambition , les droits de l'homme : ne plus en parler , de manière à ne pas fâcher les riverains.

Même Chirac estimait que Ben Ali "exagérait " un peu en incarcérant tout opposant , soupçonné par définition de sympathie islamiste. Sarkozy considère  lui, que la Tunisie est un espace de liberté. Sarkozy n'est donc pas Chirac .

WHAT IS THE WEST



Everyone everywhere has by now heard about the “clash of civilisations.” This Samuel Huntington concept has become universal. In the 1950s, French economist Alfred Sauvy had a comparable success with the expression “third world”. One reason these phrases gain wide acceptance is their lack of clear definition. The “clash of civilisations,” basically the West against the rest, is supposed to describe the world as it is. In reality, the West is vague enough to include a vast array of areas without describing their unifying characteristics.

So what exactly is West? What does Westernisation mean? Why is Japan considered Western and China not? Where does Shanghai stand? Is Russia part of the West?

From these uncertainties, we can conclude that the West is not a geographic entity. It probably first established itself as a mindset when the Greeks, 25 centuries ago, perceived themselves as Western versus the Oriental Persians. Since the West has lost any clear territorial basis since then, the phrase “the West” has become a universal not a local notion.

To be Western or Westernised, above all, is a mindset which does not coincide with any continent, nor with any specific nation or religion. Huntington’s mistake, it seems, was to contain the West inside national borders: there is no map of the West.

No map can work when some Asian nations are Western (Japan), when non-Western groups (Muslims in Europe) live in supposedly Western countries, when some Eastern countries are partially Westernised and some Western countries (Russia) are not fully Westernised. Eventually it looks easier to define the mental borders of the West than its territorial borders.

I believe that the West is a mindset defined by three fundamental traits that cannot easily be found in the so-called Eastern civilisations: a passion for innovation, a capacity for self-criticism and gender equality.

“What is new?” — a personal greeting since the Hellenistic age – captures the essence of the Western mind. The non-Westerner, however, would rather place tradition above innovation. But innovation as a fundamental value explains the scientific breakthroughs of the West versus the East. It explains unavoidable conflicts with conservative non-Western societies and it also explains what we should call “the Westernisation of the West”.

The West keeps destroying its own traditions, including its religions. Economist Joseph Schumpeter defined this process as one of “creative destruction”. The term could be applied to all walks of life in the West. Western conservatives are no less prone to creative destruction than Western liberals: conservatives, indeed, are well known for inventing traditions. Take 19th century British Prime Minister Benjamin Disraeli, who invented most of the supposedly ancient traditions around the British monarchy. Innovation in the West seems to be a never-ending, self-transforming process.

Self-criticism, even more than innovation, is a defining characteristic of the West. In most, if not all, non-Western civilisations, pride and self-love exclude self-criticism or at least the criticism of one’s civilisation as such. A true Muslim or Chinese scholar cannot be defined as a true Chinese or a true Muslim by being critical of his own world. Not so in the West.

The Western scholar remains perfectly legitimate when putting to death Western values: there is no Chinese or Muslim Nietzsche claiming that his own God is dead. Is there a Chinese or a Muslim Montaigne ready to write that the “Indian savages” may be wiser than us, as Montaigne did in 16th century France?

Of course there must be some Chinese or Muslim Montaigne or Nietzsche, but they would not be considered beacons of their civilisations. Self-criticism, not self-love, and cultural relativism are the nuts and bolts of the Western mindset.

The same goes with gender equality. This has not always been so.

In the ancient Greek, Jewish, and Christian religions, women were perceived as inferior to men.

But this notion has been contentious in the West for centuries. Nowadays, gender equality has become the norm. This is not the case in most non-Western civilisations.

Some would argue that gender equality is a consequence of the modernisation process, not of Westernisation. This may be true, but the status of women is clearly one issue that puts non-Western Muslims into opposition to the West.

If we accept the above definition of the West as a mindset, this leaves open three major questions: can the East be modernised without being Westernised?

Where do we draw the line between West and East? Will the West remain Western?

So far, there is no case in history of non-Western modernisation; the discourse on Asian values, initially started in Singapore, is basically a political discourse.

It is after retooling their mindset towards innovation and self-criticism that Asian countries have become modern.

This does not make them less Asian.

Contemporary Koreans or Japanese remain fully Korean or Japanese but are closer to a Westerner than they would be to their own ancestors. Similarly, a modern Egyptian or a modern Saudi will be more on a par with a French or an American than they would be with an ancient Arab.

Does this Westernisation make the Egyptian or the Saudi less authentic Arabs? Such a debate takes place within all Eastern societies, which leads us to the real clash of civilisations: all societies today are fragmented between Westernisers and non-Westernisers. This clash within civilisations on what modernisation means is more significant than Huntington’s alleged conflict between geographical entities.

The controversy on the essential meaning of modernisation, also known as an identity crisis, impacts Western countries as well. Vast groups who live in the West, Western and non-Western fundamentalists, fight the unending Westernisation process in the name of tradition. Many would like to stop the engine by using various guises like ecology or identity, but a Western society where you could not start your day by asking “What’s new?” would not be Western any more.



Guy Sorman, a French philosopher and economist, is the author of Empire of Lies



Copyright: Project Syndicate/Institute for Human Sciences, 2008

Où est passé le riz?

Le riz manque. Le maïs grimpe. Même le prix du jambon s'envole , si j'en crois Sarkozy qui fait ses course dans les supermarchés.

C'est une histoire  trés connue. Au dix-huitiéme siècle , alors que la population française croît et que son "pouvoir d'achat " ( anachronisme ) progresse , elle exige un pain plus blanc. Le froment vient à manquer . Le peuple accuse les affameurs : un "complot de famine" priverait les Français de pain. On accuse  les princes de spéculer ; aujourd'hui , ce sont les grandes surfaces. Puis Turgot vint . Il observe que l'interdiction du commerce  des grains et les taxes , empêchent les provinces excédentaires de secourir celles qui sont affamées . Premier adepte français du libre échange , Turgot libére le commerce des grains en 1774 .

Patatras ! L'hiver qui suit fut rude et les récoltes , médiocres. La disette qui en résultera , les Français l'attribueront ... au libre échange. Sommes-nous remis de cette histoire longue ? Pas certain.

Le monde agricole en 2008 , ressemble à la France de 1774. Confrontés à une demande en hausse ( les Chinois veulent manger de la viande et on convertit le maïs en carburant ) , les gouvernements jugent plus facile à court terme de bloquer les prix et les exportations. La palme revient à la présidente Argentine , Madame Kirchner , qui par haine de l'économie de marché et des entrepreneurs  , va réussir à détruire son économie agricole.

Au lieu de s'inspirer de la France de l'Ancien régime , souvenons-nous de la Grande-Bretagne en 1846. Grâce à l'abolition des douanes sur les céréales , elle est devenue la nation la plus prospère au monde  et a déclenché par ses achats une révolution agricole dans les pays exportateurs.

S'il est un domaine où l'effcicacité du libre échange a été démontrée , c'est bien celui de l'agriculture . Un supplément de science ne nuit pas : les engrais chimiques au dix-neuvième siècle, les hybrides au vingtième , les OGM au vingt-et- unième.

Je serai tenté d'ajouter que l'économie ne ment pas . Ou peu.

La France , vue de loin.

On ne voit bien que de loin . Me trouvant à New York, je regardai hier le Journal télévisé de France 2 , retransmis par TV5 ( je ne sais pas où est France 24 ? ). L'actualité était dominée par deux informations considérables . Un, les grutiers de Marseille , agents publics , s'inquiétent d'une privatisation du port. Que Marseille soit en chute libre et que les conteneurs filent à Barcelone ou Gênes , ce n'est pas leur problème.  Deux , le gouvernement envisage ( quelle audace ) d'allonger la période des soldes autorisées.

Que les grutiers et les soldes relèvent de l'Etat , donne la mesure de notre singularité. : ce n'est plus l'exception française mais la machine à remonter le temps.

On peut aussi considérer que les médias et la classe politique ne représentent qu'une infime fraction de ce qu'est le France réelle; car , par-delà les grutiers et les soldes , les grandes entreprises française sont toutes mondialisées , réputées pour la qualité de leur gestion et de leurs prestations . TV5 n'est pas la voie de la France , mais celle du 7e arrondissement de Paris.

Chine : la France renoue avec les droits de l'homme

Le boycott des enseignes françaises en Chine est une excellente nouvelle . Tout d'abord , il restaure le statut international de la France comme nation des droits de l'homme : il était temps . Avec Jacques Chirac, la France adopta la politique la plus servile qui fut envers la tyrannie chinoise . Cette servilité se fondait sur des espoirs commerciaux , qui n'ont pas été satisfaits , et sur un relativisme culturel-les Chinois ne savent pas ce qu'est la liberté - dont Alain Peyrefitte fut le héraut .

Désormais , les dirigeants Chinois prennent , de nouveau , la France au sérieux ; par ailleurs , le contre-boycott organisé par le Parti chinois ( aucune manifestation en Chine , n'est spontanée) indique combien le Parti est sensible à l'opinion occidentale. De l'image bonne ou mauvaise de la Chine , dépend la prospérité de son économie ; celle-ci est totalement tributaire  des achats occidentaux. Carrefour survivrait à la disparition du marché chinois mais aucune marque chinoise ne survivrait à la fermeture du marché occidental ; sans la Chine , nous devrions en Europe , payer un peu plus cher textile et electronique ou, les acquérir en Inde. Mais , sans nous , l'économie chinoise calerait .

De ces nouveaux rapports de force , devrait se déduire une nouvelle stratégie envers la Chine : Oui aux échanges économiques et aux Jeux olympiques , à condition que le PC Chinois libére les dissidents en prison et accepte , pour commencer , la liberté religieuse , dans toute la Chine , pas seulement au Tibet. L' Occident ne devrait pas s'inquiéter du développement économique de la Chine , bon pour les Chinois et pour le monde ( plus on est de riches , plus on s'enrichit ) ; mais cessons d'être dupe de la propagande du Parti . Le Parti n'est pas le représentant de la nation chinoise ; nul ne l'a élu. Il n'est que le gardien de l'ordre en Chine , d'un ordre repressif que les Chinois tolérent , par intérêt pour certains , par absence de choix pour tous les autres. Le Parti n'est pas non plus l'émanation de la civilisation chinoise : il est le produit contemporain d'une guerre civile  qui doit tout au sort des armes et rien à Confucius.

Le Parti communiste chinois est cynique et calculateur  ; soyons-le autant que lui . Cessons de nous coucher devant le Parti comme s"il incarnait une immense civilisation . Les dirigeants du PCC , sont en général , brutaux et peu cultivés  ; ils comprennent le langage de la force , ils méprisent les faibles.Ne cédons rien au PC , agissons en fonction de nos intérêts et de nos valeurs : soyons les alliés du peuple chinois et les adversaires du Parti . En nommant Hu Jia et le Dalai Lama, citoyens de Paris , le conseil de Paris  ( quelle que soient les arrières-pensées ) a  donc visé juste ; le choix de Hu Jia  - bien connu de nos lecteurs- illustre bien que la tyrannie du PCC n'est pas un conflit entre moines tibétains et laïcs chinois mais un conflit entre le peuple chinois et le despotisme du PCC.

Beware of boycott backlash

If the Chinese people had the right to express themselves, I am pretty sure that a majority would join the Tibetan protest raging against the backdrop of the 2008 Olympics. But so far, Chinese and Tibetan human rights activists have not echoed the call of several prominent Washington politicians - including Hillary Clinton, Barack Obama and John McCain (who is halfway there) - for the United States to boycott the Beijing Olympics' opening ceremonies.
Their reluctance reflects their keen understanding of how such gestures by the West are more likely to strengthen, rather than weaken, the hand of the Communist Party in China.
What we see now in the Tibetan provinces of China is not so much an ethnic confrontation between two nations, Tibetans and ethnic Chinese, as a revolt of China's poorest and most oppressed against the Communist Party's tyranny.
In fact, what is happening in Tibet takes place all over China. While 200 million Chinese enjoy an increasingly middle-class standard of living in the global economy, 1 billion of their countrymen are among the poorest and most exploited people on Earth. Throughout this vast country, in remote regions where no foreign visitors venture, rebellions of thousands upon thousands of farmers and workers regularly oppose the Communist security apparatus.
In Tibet's case, we only happen to be better informed because foreigners have been able to take pictures and convey their testimony to the rest of the world. But the cycle of rebellions and repression is pervasive, and Chinese protesters, not just Tibetans, are regularly killed by the police or imprisoned without trial.
The rebels - Tibetan and non-Tibetan - have a common thread: All of them want to save their identities. The Chinese are a diverse people, speaking many different languages and practicing many different religions. But in the name of national unity, the Communist Party has imposed one national language, Mandarin, in the media and in education. Linguistic minorities are destroyed. The same goes for religion, which is permitted only in official temples, churches and monasteries.
The rebels also are fighting for education and health care. In China, poor families without sufficient resources cannot send their children to school - and none of them, Tibetans or non-Tibetans, can gain access to medical facilities.
Beyond these specific motives, serious enough to provoke a revolution, a deep feeling of injustice pervades China. Every Chinese can see that the country is divided into two separate nations, the rich and the poor. The wealthy - a new middle class - comprise approximately 20% of the population. To join this new middle class, one needs to be a member of the Communist Party or of the military leadership, or at least to have connections with them; otherwise, poverty is a sealed fate.
The Chinese system is rooted in this division of society: At the top, the Communist bureaucracy controls everything - and grows more powerful by the day through the exploitation of the lower strata of Chinese society.
The rebellions now erupting in Tibet and elsewhere are directed against this kind of economic apartheid.
Will the Communist Party ever be able to enter into a dialogue with the rebels? Probably not. Because they are not elected, party members have few incentives to listen to the people. They also happen to be very proud of their own achievement - and true enough, China is back on the world stage.
How, then, should the West behave toward China? Unfortunately, a boycott by outsiders is most likely to provoke a nationalistic backlash in China - only reinforcing the Communist Party's stranglehold over the people.
The individual rights of Chinese journalists, religious leaders, human rights activists and liberal scholars deserve our support. The best way to offer it is through quiet and substantive acts that strengthen the rebels' clout - not loud and symbolic ones that endanger it.

Guy Sorman
Publié le 14 avril dans New York Daily News.

Sarkozy se Chiraquise

Jacques Chirac fut immobile , par choix ; il estimait la société française trop fragile pour encaisser des modifications brutales. Les grandes décisions de Chirac furent donc unanimistes : la suppression du service militaire , la culpabilité de Vichy , la non intervention en Irak . Jean Pierre Raffarin qui avait compris la méthode du Président , fut un homéopathe de talent. Tout cela était cohérent , contestable , mais cohérent.

Le Sarkozysme , vendu comme un anti Chiraquisme ressemble de plus en plus à un Chiraquisme inavoué: un discours  sur le changement mais sans trop de substance .

Voici pourquoi :

Si, d'emblée , la loi sur les 35 heures avait été supprimée, si l'interdiction de licencier avait été remplacée par  le contrat unique et l'impôt sur le licenciement ( projet Tirole-Blanchard ), si l'engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite n' avait pas été abandonné , si le progrés scientifique l'emportait sur la religion de la précaution ( Mme Kociusko Morizet en vestale ) , nous aurions un gouvernement  qui gouverne , une feuille de route claire , une opinion informée  et - sans doute- une reprise des investissements privés  et moins de protestations .

Mais le programme  électoral de Sarkozy qui aurait pu et dû être exécuté d'emblée, est devenu  au fil des mois , une ratatouille  : une recette incertaine , des ingrédients méconnaissables , des marmitons en stage .

La politique étrangère est un peu plus claire - pro US - mais pas totalement : ainsi, on ne sait pas si la France soutient ou non les droits de l'homme en Chine ? Les Français oui , mais Sarkozy épluche les sondages pour décider ou non , d'acheter son billet pour Pékin.

Chirac , au fonds , était plus prévisible : il promit peu , nous ne fûmes pas déçus.  Sarkozy a promis la lune , la lune  ( comme chez Charles Trénet ) n'est pas au rendez-vous.