Le Premier amendement autorise tout américain à exprimer tout ce qui lui passe par la tête ; la liberté de parole est un droit constitutionnel.
Les journalistes sont les plus ardents à en faire usage.
Je note, à l’occasion de la visite du président chinois Hu Jintao aux Etats-Unis que celui-ci a été traité de fasciste, de communiste non-repenti, de dictateur policier, entre autres amabilités dispensées par la presse écrite et les commentateurs les plus en vue de la télévision. Hu Jintao pourra-t-il se consoler en écoutant CNN ou Comedy Central où George Bush est régulièrement appelé « l’idiot de la Maison blanche » ?
Les chroniqueurs plus sérieux ont surtout retenu de cette visite chinoise , que le Parti communiste à Pékin représentait une menace militaire inquiétante sur l’Asie : Japon , Corée,Taiwan seraient directement menacés par ce régime imprévisible. Le déséquilibre commercial entre les deux pays (qui arrange les affaires du consommateur américain) a été relégué au second plan de cette visite, malgré tous les efforts de Hu Jintao qui aurait préféré que les sujets réels soient laissés de côté. Quand le président Chinois a évoqué « la démocratie mais dans l’ordre « à l’Université Yale, les étudiants ont eu du mal à garder leur sérieux et les journalistes se sont esclaffés.
Guy Sorman, Newhaven,20 avril 2006

















"Marches droit, tu penseras droit!" Un slogan, hélas, d'actualité en Chine... Ce n'est pas une "société ouverte".
Rédigé par : Alexis | 24 avril 2006 à 11:25
J'apprécie, cher Monsieur Sorman, votre manière d'évaluer/commenter une situation par un regard à 360° porté sur les événements, leurs causes et mécanismes, plus l'analyse des acteurs concernés, enfin d'oser vous risquer à des projections (probabilistes).
C'est une façon clairvoyante d'agir, face aux complexités d'une société mue par un fatras de subjectivité. Je m'efforce personnellement d'adopter une attitude similaire et un minimum de méthode, avant de forger mon opinion, puis vouloir la dire (en citoyen, pas en essayiste).
A l'opposé, une grande qualité: l'empathie ... semble manquer à bien de nos concitoyens, de tous les bords. Leurs réactions restent essentiellement fondées sur l'analyse sommaire, le dogme, la peur, les seuls intérêts, l'immédiateté. Chacune d'elles détermine des conduites et conséquences hasardeuses.
Je ne voudrais ici prendre fait et cause pour le président chinois Hu Jintao, ni d'ailleurs pour le régime politique communiste dans son ensemble. Nous en avons tous perçu les horreurs répétées et leurs effets désastreux aux plans humain et du développement, pour des milliards de gens, durant 80 ans.
Mais réduire la conduite d'un pays aux actions "d'un seul homme" est une simplification où se lancent beaucoup de gens, aux USA, en Europe. Culte de la personne? Même si l'homme en question est puissant, il ne l'est que symboliquement. Tous les dirigeants le sont, mais jamais seuls, nous le savons trop bien. Car notre société - en ce compris la chinoise - fonctionne en réseaux d'influences enchevêtrées! Et cela m'effare d'observer comment ces "leaders" servent de "tête de turc" à des journalistes ... ni neutres ni complètement informés. C'est pourtant ce que font le plus grand nombre de reporters, via les "communiqués" d'agences de presse et porte-paroles qui sont leur seule source disponible (à laquelle on ajoute le micro-trottoir pour faire un brin humain, et l'indiscrétion accumulée mais pas vérifiable). Autant de lorgnettes déformantes: l'américaine CNN, l'arabe Al Jézira, l'européenne EuroNews, plus d'autres médias par milliers, chacun d'eux y ajoutant une couche marquée par sa propre subjectivité, puis ça boucle entre eux! "Société de l'information" clameront fièrement certains, mais pas nécessairement "Société de la connaissance" voudrais-je leur ajouter.
Revenant au président chinois Hu Jintao: l'immense Chine, millénaire et mystérieuse, ne peut se "transformer" par la seule pensée pertinente, ni avec rapidité. Elle est mosaïque. L'inertie s'y applique comme ailleurs. Ceci ne semble pas compris par nombre d'Occidentaux toujours prompts à blâmer l'autre, sans avoir le courage de balayer devant leur porte!
La Chine est ambitieuse. N° 6 économique, elle se sait potentiellement forte par le nombre (ce qui en fait aussi sa vulnérabilité sociale, vous l'avez souligné antérieurement). Elle s'est dotée d'une armada d'intellectuels volontaires. Elle vit dans un monde multipolaire, le sait et y gagnera une place de poids. Nul ne lui fera de concessions faciles. Il en va de même pour chaque autre grand Etat qui vise une forme d'hégémonie (liste...). Avec des voisins potentiellement instables (islamiques, je n'y mêle pas l'Inde), la Chine ne veut jouer naïvement les propagandistes de la Paix. L'U.E. à 25 E.M. tente elle de le faire, avec ses multiples actes de mollesse et des inconséquences? Mais au plan des nécessaires ambitions, le fait-elle autrement, sinon que de le réaliser au travers d'un envahissement de ses "principes directeurs", "textes législatifs", "programmes" et sa bureaucratie, avec résultats mitigés?
Ma position "voulue saine et réaliste" est que chaque acteur doit avoir pleine conscience de lui et des autres, puis d'agir sans crédulité. C'est ce que font TOUS les Etats du monde, leur dirigeants et diplomates, depuis la nuit des temps, Chine comprise. Alors où cela mène-t-il de vouloir agir dans l'utopie, comme trop de nos concitoyens proposent de faire?
Bravo à "la liberté de parole est un droit constitutionnel". Beaucoup l'admettent opportunément. Le président chinois vient d'en faire un apprentissage. Encore faut-il en user avec discernement.
Rédigé par : E.G. Simon | 24 avril 2006 à 14:02