En 1831, un jeune magistrat normand, Alexis de Tocqueville, va pendant neuf mois, parcourir la jeune République des Etats-Unis. Il y repérera le fondement de cette société nouvelle et de toutes les sociétés à venir : la passion de l’égalité. Dans son ouvrage La démocratie en Amérique, il envisageait aussi que les Etats-Unis constituent un laboratoire du monde en gestation : ce qui se produit là-bas, finira par gagner l’Occident tout entier, puis le monde.
Prophète, Tocqueville ne le fut cependant qu’à demi : à l’époque de son voyage, il n’aperçoit pas que le revenu moyen des Américains vient de dépasser le revenu moyen des Européens : un écart qui depuis lors ne sera jamais compensé. En ces temps anciens, on ne disposait pas de statistiques économiques et c’est rétrospectivement qu’il est aujourd’hui possible de repérer cette rupture historique entre l’ancien et le nouveau continent. Le constat de l’avance technique, scientifique et économique des Etats-Unis ne deviendra évident pour tous les Européens qu’en 1904, lorsque de vastes délégations d’entrepreneurs européens se rendent à la foire de St Louis dans l’Etat du Missouri. Depuis St Louis, l’Europe s’est systématiquement ralliée aux modes de vie et modes de production initialement expérimentés aux Etats-Unis. Crise ou pas crise – elles sont nombreuses dans l’histoire américaine – le niveau de vie en Europe se situe aujourd’hui à 20 % en dessous du niveau de vie américain. Mais pourquoi cette avance et pourquoi l’économie américaine ne progresse-t-elle jamais que par bonds, des cycles de creux et de bosses ?
D’emblée, dès l’époque de Tocqueville, l’économie américaine a obéi à des principes distincts de ceux de l’Europe, une distinction durable. Parce que la société américaine est essentiellement égalitaire – la démocratie dans le vocabulaire américain, c’est d’abord l’égalité – l’industrie américaine produit pour les masses, des objets et des services indifférenciés. Tandis qu’au 19e siècle, l’aristocratie européenne recherchait l’objet parfait et singulier, le peuple américain souhaitait un confort uniforme. Les réponses américaines à cette exigence égalitaire s’appelleront la standardisation et le marketing. La standardisation conduit à la baisse des prix et le marketing permet de passer rapidement de la recherche fondamentale au produit de masse : le téléphone, le cinéma ou l’avion apparaissent en Europe en même temps qu’aux Etats-Unis mais ce sont Bell, Edison et Ford qui les transforment en produits de consommation courante. Ceci grâce à la standardisation dont la Ford Modèle T reste l’emblème historique. McDonald’s, IPod, Hilton, Starbucks, Windows obéissent à la même logique. L’Europe a suivi cette tendance (après s’en être longtemps moqué) mais avec un décalage constant : le flux de l’innovation au travers de l’Atlantique persiste d’Ouest en Est.
L’innovation : avant même le marketing et la standardisation, c’est évidemment le socle de l’économie américaine. Est-ce un phénomène culturel ? De fait, les Américains ont la passion du neuf, le goût du risque et de l’aventure. On se salue par un « What is new ? » et tout ce qui date de la veille est considéré comme « History », un terme à connotation négative. Dans la hiérarchie sociale américaine, l’entrepreneur (un terme d’origine française) se situe au-dessus de l’intellectuel ou du politicien. Mais l’esprit ne suffit pas. 40 % des brevets aujourd’hui dans le monde sont américains (23 % en Europe, 20 % au Japon, des miettes pour les autres nations) parce que les Etats-Unis disposent d’une formidable machine à fabriquer de l’innovation : les Universités et la relation intime que celles-ci entretiennent avec les entreprises.
Crise ou pas crise, l’innovation ne s’interrompt jamais, parce qu’entretenue par ce couple de l’Université et du business : les entrepreneurs, à titre personnel ou institutionnel, financent l’éducation supérieure et la recherche. Et les universités vivent en symbiose avec l’économie réelle : on passe sans cesse de l’un à l’autre. L’intimité est culturelle, financière et géographique : souvent les grands ensembles industriels se constituent dans l’environnement immédiat d’un campus universitaire, comme Silicon Valley autour de Stanford.
D’autres nations ont tenté de reproduire ce modèle américain : mais il n’est pas aisé de rattraper un siècle d’avance, ni de réunir des fonds à la hauteur du budget des universités américaines. Et en Europe, nous ne sommes pas (pas encore) disposés à faire nôtres les caractères de la recherche américaine : la familiarité avec le capitalisme et une concurrence de tous les instants, entre universités, entre facultés, entre départements dans ces facultés, entre chercheurs… L’innovation aux Etats-Unis naît de cette compétition permanente. On peut en contester la moralité mais l’efficacité n’est pas niable : les prix Nobel en sciences sont presque toujours américains de même que les nouveautés qui façonnent notre vie quotidienne. Crise ou pas crise : c’est pendant la dernière grande récession – celle de 1974-1982 – que se constituèrent bien des grandes entreprises innovantes qui dominent le marché actuel, Microsoft par exemple, créé en 1975. Nul doute qu’en ce moment même, de nouveaux Bill Gates créent les Microsoft de demain.
Mais pourquoi les crises ? Celles-ci sont constitutives du capitalisme américain. Dès l’instant où la croissance économique est fondée sur la passion d’innover, le nouveau chasse vite l’ancien. Un principe que l’économiste de Harvard, Joseph Schumpeter, a appelé (en 1942) la Destruction créative : le cycle de vie des produits et des entreprises est bref, on change vite d’activité et de lieu, le pays est jonché d’entreprises abandonnées. L’Etat s’en mêle peu : seuls des géants comme l’automobile à Detroit ou la banque à Wall Street représentent un poids politique et économique suffisant pour obtenir quelque répit, très provisoire. D’ailleurs, à l’échelle de l’économie américaine, ces interventions de l’Etat, celles de la Banque centrale ou les investissements publics envisagés par Barack Obama, ne représentent qu’une fraction infime, 1 ou 2 % de la production nationale. Démocrates ou Républicains, libéraux ou interventionnistes, après chaque crise, chacun attend en vérité que l’économie rebondisse grâce à l’innovation.
L’innovation prime mais toute
innovation ne conduit pas au succès : le marché seul en décide.
L’entrepreneur peut échouer, tomber en faillite ; mais il recommence. Ces
tentatives ratées, sans filet public, sans grande protection sociale, génèrent
une croissance en dents de scie. Et d’autres innovations marchent trop bien.
Elles suscitent un engouement irraisonné, une passion collective : ce fut
le cas pour l’immobilier en 1929, pour les valeurs Internet en 2000 et pour une
véritable invention financière en 2007, mais mal gérée, les
« dérivés ». La passion
fait des bulles, les bulles spéculatives éclatent, les dégâts sont
considérables. Il n’empêche que l’esprit d’entreprise reste intact et la
fabrique à innover n’est pas vraiment atteinte. On constate que nulle voix
légitime aux Etats-Unis, en ce moment, au plus profond de la crise - d’une
crise sérieuse mais tout de même pas celle de 1930 - ne remet en cause le
capitalisme américain, ni n’envisage que cette crise soit insurmontable.
Le grand débat sur la fin de la domination américaine, sur un passage de relais
à l’Europe, à la Chine, à l’Inde, est donc assez théorique. Beaucoup confondent
leur désir (le désir est légitime) d’en finir avec les Etats-Unis, de
promouvoir un autre parrain ou un autre modèle, avec ce que serait un
raisonnement objectif. La raison, elle, annonce un rebond américain, un de
plus : la capacité d’innover, l’esprit d’entreprise et la confiance dans
le système économique que j’ai déjà cités. Mais une autre raison joue aussi,
que l’on occulte souvent : l’armée américaine.
Bien que l’armée pèse peu sur l’économie des Etats-Unis (deux fois moins qu’au temps de la guerre froide), sa puissance de feu est équivalente à celle de l’Europe, de la Chine, de la Russie et de l’Inde réunies. De cette armée, on connaît avant tout le visage guerrier, en Irak ou en Afghanistan. Mais pour l’essentiel, elle n’est pas en guerre : elle maintient la paix. La flotte américaine, par exemple, n’est engagée dans aucun conflit depuis quarante ans : mais sa présence même, sur tous les océans, permet les échanges économiques. Si le pétrole saoudien atteint le Japon sans encombre, si l’électronique chinoise parvient en Europe, c’est parce que la 7e Flotte américaine patrouille. La mondialisation sans ce gendarme global serait interrompue et par-delà la crise financière actuelle, nous sombrerions tous ensemble dans la misère et le chaos. Ce rôle stratégique des Etats-Unis, la sécurité des échanges, ce socle invisible de notre économie quotidienne, quelle nation est-elle disposée à l’assumer à la place des Etats-Unis ? Cet « impérialisme » américain qui, pour l’instant, n’a pas vraiment de concurrent, à l’image du capitalisme américain, est imparfait, inacceptable parfois. Dans cet empire plutôt « soft « , nous progressons, de crise en crise, mais nous progressons : le capitalisme américain est bien la pire des économies, à l’exception de toutes les autres.

















Cette analyse est limpide. Elle rappelle au vieux continent que le dynamisme vient des acteurs qui font l'économie, pas des gouvernements qui, comme on le constate enfin, peuvent aussi se trouver en difficulté financière lorsqu'ils se surendettent comme les autres.
Un détail que vous n'avez pas mentionné : l'importance de la monnaie dans une économie innovante, clef de voute du lien social et éconoomique. Elle contribue, lorsqu'elle est mal gérée par la banque centrale, à déformer la valeur aux yeux des citoyens et des entreprises. Bref, elle participe à la dynamique des bulles. Il est étonnant que le libéral Greenspan n'ait pas écouté les sages enseignements de Friedman sur ce point.
Rédigé par : Aurelien | 13 janvier 2009 à 10:29
En fait le vrai moteur de l'économie, ce ne sont pas les banques, ce ne sont pas les plans de relance des gouvernements, c'est la volonté de groupes d'hommes réunis en entreprises ou en équipes de chercheurs, d'innover, d'entreprendre et d'améliorer.
Le moteur de l'économie, c'est l'esprit d'entreprendre. Et ça aucun plan de relance économique ne peut le fabriquer...
Rédigé par : Quimboiseur | 13 janvier 2009 à 11:20
Quimboiseur, les banques sont indispensables à la circulation des capitaux et au crédit. Sans vouloir diminuer leur responsabilité dans la crise actuelle, non essentielle mais importante tout de même, imaginer qu'une reprise puisse avoir lieu sans elles me parait naïf.
Rédigé par : Aurelien | 13 janvier 2009 à 11:55
Un autre rôle de l'armée américaine, c'est celui de dépenser l'argent du contribuable sans compter. Ce qui est intéressant pour l'innovation.
Internet, au départ, c'est une commande du DoD, les normes SCORM qui sont en train de devenir le standard mondial dans l'éducation, itou.
Pour communiquer avec le grand machin, il faut des protocoles, des procédures standardisées.
A mille milles de l'esprit de l'entrepreneur qui s'adapte aux circonstances et fait feu de tout bois, l'esprit militaire américain a l'habitude de modifier son environement plutôt que d'essayer de s'y adapater.
Les entreprises, les universités sont bien obligées de suivre si elles veulent bénéficier de cette manne d'argent public.
Et cela donne TCP/IP et SCORM.
Rédigé par : Jeo | 13 janvier 2009 à 12:06
Bon sang, je ne connaissias pas SCORM. J'ai appris quelque chose aujourd'hui.
Ca sert pour l'intelligence artificielle ?
C'est une technologie aussi puissante qu'Internet ?
Après la révolution Internet, qui a changé nos vies, une nouvelle révolution aussi puissante que la révolution numérique est en gestation... visiblement.
Rédigé par : Quimboiseur | 13 janvier 2009 à 13:02
armée US et sponsor
pour voyager sur le net anonymement
il y a une solution (par encore parfaite),c' est le programme TOR
subsidiée par l' US NAVY !!!
http://www.torproject.org/torusers.html.fr
Rédigé par : nervien | 13 janvier 2009 à 13:27
Milles excuses, cher DJ. J'ai ironisé bien à tort sur le nombre de patentes en Suisse.
Si l'on regarde le nombre de patentes déposées par capita, le Luxembourg arrive en tête, la Suisse est 10ème, la France 26ème, et les USA... 40èmes. Heureusement que la Chine est bonne dernière: l'honneur est sauf.
Attention, donc, au rebond Luxembourgeois!
http://www.nationmaster.com/graph/eco_pat_gra_percap-economy-patents-granted-per-capita
Rédigé par : ETF | 13 janvier 2009 à 14:28
Que faites-vous, M. Sorman, des prédictions de Peter Schiff et autres économistes de l'école Autrichienne qui prédisent la chute du dollar et l'effondrement de l'économie américaine? Les US se sortiront peut-être de cette crise, mais ce ne sera pas sans toucher le fond, qui apparaît encore bien éloigné.
Rédigé par : Arno | 13 janvier 2009 à 15:56
http://www.abytheliberal.com/mischallenous/nuclear-missile-forces-us-vs-china-vs-russia "sa puissance de feu est équivalente à celle de l’Europe, de la Chine, de la Russie et de l’Inde réunies" Il est vrai que la Chine et l' Inde ne font pas le poids face aux USAs dans tous les domaine militaires. Mais la Russie possède des SNLE Typhoon. Chaque Typhoon peut détruire les USA en quelques dizaines de minutes. Les Russes ont les meilleurs ICBMs aux monde , notamment les Topol M et Boulava , 10000 têtes nucléaires, le meilleur système sol air au monde : S-300 PMU2 ( bientôt vendu à l' Iran) meilleur que le Patriot pak 3.On attend l' avion russe de 5 ième génération PAK FA.Les Russes vendent des missiles anti chars Kornet et Métis M à la Syrie ce qui a permis au Hezbollah de vaincre Israël en été 2006. Il est vrai que la Chine est en reatrd dans tous les domaines mais elle s' éfforce de copier: http://washingtontimes.com/national/20061123-122450-1979r.htm
http://www.sinodefenceforum.com/showthread.php?t=1069
http://www.armscontrol.org/act/1999_04-05/coxover.asp
http://www.fas.org/nuke/guide/china/icbm/df-31.htm
http://www.fas.org/nuke/guide/china/slbm/type_94.htm
http://www.sinodefence.com/airforce/fighter/j10.asp
Comme on peut le voir dans ces sites: la Chine a copié des technologies russes,américaines ou israeliennes :
-Le rapport Cox indique que la Chine a espionné les US pour les dernières technologies en matière d' ICBMs, notamment les SLBMs Trident II.
-La chine a copié les systèmes sol-air russes S-300PMU1 meilleurs que les Patriots PAK 3 ainsi que les TOR M1: FT-2000A ( AWAKS Killer), HQ-15 (copie de S-300 20% moins performants que l' original et 10 fois moins chers), KS-1A .
-Les Chinois ont espionné le programme des bombardier furtifs US B2.
-L' avion J-10 a été conçu avec une aide technique israëlienne ( programme LAVI ) et russe .
- http://www.corlobe.tk/article4955.html
http://www.corlobe.tk/article4595.html
http://www.corlobe.tk/article5262.html
La Chine a copié le chasseur russe Su-27SK :
http://www.armees.com/Chine-le-Su-27SK-premier-chasseur-victime-de-la-contrefacon,28442.html
http://observers.france24.com/fr/content/20080519-apres-faux-avions-chasse-russie-chine
Les SNLE chinois font du bruit et c' est seulement d’ici 10 à 20 ans que la Chine disposera de sous-marins nucléaires sûrs et fiables, et probablement beaucoup.
Videos:
http://www.youtube.com/watch?v=l6NLpJrn1Zk
http://www.youtube.com/watch?v=bMajTSO49UM
Rédigé par : Kim Jong Ilien | 13 janvier 2009 à 16:06
@Quimboiseur
Je sens une pointe d'ironie. Si vous voulez vous renseigner : adlnet.org ou scorm.fr.
Avoir l'air inquiétant et bizarre lorsque l'on parle d'éducation et d'informatique, c'est la loi du genre.
Il y a pire que moi :
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAF92033723
L'Europe s'est fait complètement dépossédée sur le terrain du e-learning. Un bel effort et puis plus rien. Le flair américain aura été de confier la tâche à l'armée.
L'économie de l'information et les possibilités offertes par les nouvelles technologies dans les domaines de la formation et de l'éducation était pourtant la priorité affichée numéro 1 par l'UE à la fin des années 90 et début des années 2000.
Rédigé par : Jeo | 13 janvier 2009 à 16:09
Après vérification, c'est adlnet.gov .
Désolé pour l'orthographe du post, aussi.
Rédigé par : Jeo | 13 janvier 2009 à 16:24
Ha c'est du e-learning... J'ai cru que c'était des systèmes experts ultra sophistiqués...
Rédigé par : Quimboiseur | 13 janvier 2009 à 17:22
C'est du e-learning ... et des systèmes expert ultra-sophistiqués.
En gros, SCORM définit les 49 propriétés d'une micro-unité d'apprentissage (communément appelée un grain) de telle façon que celle-ci soit utilisable par un L.M.S. (système de gestion d'apprentissage) compatible.
A côté de cela, qui est la plus grande avancée dans l'e-learning de ces 25 dernières années, ADL travaille à une autre série de projets, dont l'utilisation des jeux vidéos dans l'apprentissage et des systèmes tutoriels intelligents (et donc de l'intelligence artificielle). Depuis Counterstrike (un jeu vidéo), les stratégies adaptatives se popularisent dans les jeux vidéos.
ADL essaie de transposer ces stratégies adaptatives dans l'univers de la formation militaire.... , ce qui n'est pas du tout incompatible avec SCORM.
Rédigé par : Jeo | 13 janvier 2009 à 17:55
La chute catastrophique du dollar avec une hausse tres importante de l'inflation, cela du a la situation actuelle et au niveau de plus en plus eleve d'endettement des US.
Voila le probleme pose par Arno et bien d'autres.
La question est a mon avis: chute catastrophique du dollar, oui, mais par rapport a quoi?
Les memes facteurs qui expliqueraient cette chute peuvent s'appliquer a l'euro (dette deja enorme et deficits croissants), non?
L'europe va mettre en place les memes "stimulus package" gigantesques finances a coup de dettes payables par nos enfants et petits enfants...
Pourquoi le dollar se debaserait-il par rapport a l'Euro?
Je me pose la question.
Reste l'or...
Rédigé par : Avidadollars | 13 janvier 2009 à 18:13
La dette US (si l'on inclue les engagements Medicaid/Medicare et social security) est de $173.000 par tête de pipe ou $471,000 par ménage! Et cela sans compter la dette personnelle des américains (mortgage, credit cards, etc).
C'est titanesque.
Trouvez-moi les chiffres équivalents pour l'Europe, et on verra à partir de là.
Les boomers sont vraiment des profiteurs et des dépouilleurs d'enfants. Bref, on est tous (Boomers) un peu des Madoffs.
Je propose de nous renommer la "Madoff Generation", celle qui arnaque même sa propre famille!
Rédigé par : ETF | 13 janvier 2009 à 19:18
Difficile de trouver une quelconque publication officielle de ce genre de données en France. Le secret est bien gardé.
Une info passée plutôt sous silence il y quelques mois : la SNCF a effacé de ses comptes en Août 2007 la somme de 116 milliards d'Euros d'engagements retraite.
http://www.jpchevallier.com/article-13090921.html
Petite extrapolation très imparfaite mais qui peut donner un ordre de grandeur.
La SNCF c'est 1% des salariés français. Avec une petite règle de trois on obtient 11 600 milliards d'engagements retraite pour la France, divisé par 60 000 000 de français donne 190 000 euros par tête de pipe.
Et sans compter toutes les dettes étatiques , collectivités, des français eux même...
We are the best!!!
Rédigé par : wakrap | 13 janvier 2009 à 21:42
Cher GS,
Analyse certes limpide en paraphrasant Aurélien, cependant avec le sentiment pour ma part d’avoir déjà lu cela, au moins en ce qui vous concerne, sous le titre de l’article « Résilience de l’économie américaine ».
Le sentiment également, nous sommes je pense nombreux sur ce blog a y être sensibles, de revivre l’aventure du rêve américain dans toute son épopée, celle que vous et nous voudrions tant voir perdurer.
Seulement un ange est passé, noir et dévastateur sur l’économie américaine et sur la probité américaine (plus grave).
Cette nouvelle bulle que vous méprisez depuis trois mois, n’est pas l’une de ces banales crises de croissance, celle des valeurs d’internet.
La crise des échanges interbancaires a dévoilé une autre crise bien plus sévère encore que celles des nouvelles valeurs financières (produits dérivés), c’est je pense celle d’un déséquilibre devenu flagrant entre l’économie industrielle sous toutes ses formes et « l’économie des services » une économie financière en particulier qui a pu se dévoyer au travers de scandales de plus en plus préoccupants.
Le Royaume-Uni pour y avoir également sacrifié avec ardeur, se faisant même au sein de l’UE le bon apôtre de la spécialisation et des services, se trouve aujourd’hui confronté à une sévère perte de valeurs, 9 à 10 points de PIB de déficit budgétaire avec une dévalorisation de la £st de plus de 35%.
La monnaie, sa valeur relative va être la prochaine bataille, celle en tout cas que les européens préparent pour le prochain sommet du G20 à Londres.
Les britanniques viennent de perdre plus de 35% de PIB par rapport à l’Eurogroup et aux USA ! En termes de volume international du PIB pour l’année 2008, ils vont se retrouver derrière la France et l’Italie.
Si on peut espérer que l’innovation ne s’est pas interrompue avec la crise, les conséquences de la crise du crédit se sont bien faits sentir sur l’emploi avec sur les seuls deux derniers mois plus de 1 millions d’emplois perdus aux US.
Qui peut imaginer que les crédits recherches publics et privés ne seront pas touchés ? Le nombre de brevets US déposés en 2008 demeure impressionnant, cependant rendez-vous dans cinq ans et mesurons l’impact de la crise.
Alain
Rédigé par : Alain Soler | 13 janvier 2009 à 22:12
Il est une dimension de la crise sur laquelle ce blog reste muet: la consommation.
Celle-ci tire l'économie américaine et à travers elle l'économie de la planète.
Facteur conjoncturel? Voire!
Une étude récente a montré que les salaires américains, en valeur réelle, n'ont pas augmenté depuis quarante ans! Comment font donc les américains pour consommer frénétiquement? Eh bien, il y a la bourse, l'immobilier et... le crédit.
La bourse ne dégage plus de plus-values depuis l'été 2007, l'immobilier qui permettait d'emprunter sur les plus-values enregistrées est en crise. Quant au crédit, il a été affecté par la crise financière.
Les premières conséquences de la décélération de la consommation ont abouti à une mise au chômage de plus de 500.000 salariés par mois ces derniers temps. Ce qui n'améliore évidemment pas la demande globale.
La récession mondiale initiée par les Etats-Unis affecte négativement les exportations américaines.
Bref, nous avons une superbe spirale qui nous tire tous vers le bas qui tend à prendre chaque jour plus d'intensité.
Comment allons-nous en sortir? En laissant les entrepreneurs entreprendre? Personne ne les empêche que je sache, mais le marché ne s'y prête pas et le crédit est difficile à obtenir. Les banques américaines détiennent toujours des actifs "toxiques".
Rendre l'argent gratuit et investir massivement de l'argent public que l'on n'a pas?
Cela va-t-il amener des ménages surendettés à se précipiter chez Wal-Mart?
Bref, je ne vois pas comment on va sortir du maelström.Et je doute que l'innovation et l'armée américaine nous en sortent...
Alors, la magie Obama? ;-)
Rédigé par : El Oso | 14 janvier 2009 à 10:39
Il faut bien comprendre que l'économie existait déja avant la création des Etats. Dès le paléolithique les groupes d'hommes se rencontraient et échangeaint des produits entre eux.
Il y avait du pillage, il y avait des faillites, il y avait des grandes fortunes constituées, mais tout ce petit monde fonctionnait bien.
Les problèmes économiques ont commencé à survenir avant l'invention de l'Etat, l'invention des banques centrales, et la mondialisation.
1) Le role néfaste de l'Etat
Par sa main mise sur l'économie, il peut décrétter comme bon lui semble de nouveaux impots et augmenter comme bon lui semble les impots existants.
Depuis plus d'un an que le gouvernement Fillon est au pouvoir, pas moins de 15 nouvelles taxes ont été inventées... comme par magie, sortie d'un chapeau !
Ensuite les collectivités territoriales (surtout socialistes) ont toutes augmenté les impots locaux, parfois de 20% d'une année sur l'autre. Or voyez vous l'économie fait que les agents naturels économiques vont augmenter leurs prix de 2-3% d'une année sur l'autre, en tout cas quelque chose de compatible avec l'inflation.
Si les prix augmentent de façon considérable, je pense aux denrées agricoles, cela repose sur des faits structurels comme la rudesse du climat au cours de l'année, l'explosion de la demande des Chinois et des Indiens qui veulent de la viande, du lait, du fromage, etc. Autrement dit les fluctions du prix sont fixées par le marché dans un ordre naturel. Or dans ce système il existent des acteurs surnaturels qui n'obéissent à aucune logique rationnelle et qui imputent leur incompétence et leur mauvaise gestion sur le marché, ce sont les collectivités territoriales et l'Etat.
Chez ces entités les augmentations d'impots se font au gré et aux aléas de la volonté des acteurs politiques. Et ça l'économie ne peut pas le supporter !
2) Le role nefaste des banques centrales
Les banques centrales fabriquent la monnaie. Elles peuvent donc changer la valeur de la monnaie comme bon leur semble. Et là encore l'économie n'aime pas l'arbitraire. Car les acteurs du marché perdent confiance dans la monnaie. Or ce qui caractérise la monnaie, son essence la plus absolue c'est bien la confiance. Quand vous tendez un billet de 20€, ce n'est qu'un bout de papier. Mais le commerçant fait confiance à la valeur marchande de ce bout de papier.
Alors cette fabrique de papiers est bien commode pour les Etats qui peuvent virtuellement fabriquer des milliards avec cette technique.... Mais cette technique est tellement efficace que les faux monnayeurs ne se sont pas privés de s'octroyer ce privilège des banques centrales.
De là à dire que les banques centrales et les Etats sont des faux monnayeurs, il y a un pas que je pourrai franchir allègrement.
3) Le role nefaste de la mondialisation
La mondialisation permet de fabriquer des voitures en Chine avec des ouvriers payés 200€ / mois, pour les revendre à des ouvriers qui ont perdu leur travail à cause des délocalisations massives dans les pays à bas coûts salariaux.
J'apprends aujourd'hui que Dacia va licencier. Ils attendaient 200 commandes par jour, or ils n'en ont que 50 par jour.
La voiture Logan était sensée être vendue dans les pays de l'Est, supposés aviur un pouvoir d'achat inférieur à celui de la France. Or beaucoup de Logan se vendent en France.
De là à dire que le pouvoir d'achat a fortement diminué en France, à cause de la pression sur les salaires avec les délocalisations, mais aussi avec la concurrence d'une main d'oeuvre immigrée illégalement sur le territoire Français et qui travaille au black, il y a là un pas que je franchirai allègrement.
De plus avec la mondialisation, toutes les banques sont liées entre elles. C'est comme le SIDA. Si une banque est infectée par des actifs toxiques, elles infectent toutes les autres. Et la complexité est telle que personne sur terre n'est capable d'extirper ce qui est toxique, ce qui ne l'est pas.
Si les banques n'avaient pas autant de relations entre elles, les saloperies faites à un endroit resteraient circonscrites à cet endroit. Mais avec la mondialisation quand on a une crise économique, elle devient mondiale car tout est lié.
Pour s'en sortir tout seul, il faudrait se replier sur soi même. Et surtout arrêtez d'avoir des relations avec des partenaires foireux !
Pour sortir de cette crise mondiale, il faut du protectionisme, et il faut arrêter de faire du commerce avec n'importe qui juste pour avoir plus de fric. La tentation des délocalisations, à court terme c'était un raisonnement juteux, mais si ça consiste à deshabiller Pierre pour habiller Paul je ne vois pas l'intéret.
Appauvrir la France pour enrichir la Chine avec de l'argent Français, avec des technologies Françaises, avec des commandes Françaises, je ne vois pas l'interet... Puisque maintenant les voitures on ne peut plus les vendre au Français, qui sont au chomage du fait de la délocalisation, on ne peut que les vendre aux Chinois.
Et quand les Chinois auront plus de pouvoir d'achat que les Français, on re-délocalisera en France ?
En attendant, on fabrique des voitures, mais personne ne les achètent car les Chinois n'ont pas encore rattrapé le pouvoir d'achat des Français, et les Français sont en train de perdre leur pouvoir d'achat.
Donc à long terme ces raisonnements de gains immenses à court terme sont anti-naturels et détruisent l'économie.
Une croissance naturelle des gains doit être inférieur à 8%. Au dela, c'est que vous croyez au père Noel ou aux mensonge du père Maddoff...
Rédigé par : Quimboiseur | 14 janvier 2009 à 12:18
A noter que le gouvernement US est sur le point d'inonder à nouveau les banques d'argent frais (tout juste imprimé), sans lequel elles feraient toutes faillite, Citi, Bank of America, et le reste.
Le "Bel avenir des Banques", claironnait il y a peu le patron du bar, tout en s'opposant aux interventions étatiques…
El Oso, il y a belle lurette que nous disons ici que la surconsommation aux US était un château de cartes (de crédit) qui allait s'écrouler tôt ou tard, vu que les revenus des classes moyennes stagnaient depuis dix ans, voire, diminuaient (les revenus supplémentaires allant au 5% les plus riches). C'est fait, et c’est loin d’être terminé.
On a assisté aux US, depuis plus d’une décennie, à un transfert organisé de la richesse US à une toute petite minorité. C’est un fait. Fortune faite, elle regarde maintenant couler le navire, en ricanant de voir les pauvres hères qui s’étaient cru riches mais ne vivaient qu’à crédit, supplier Obama le mythique (qui n’y peut évidemment pas grand chose) de les sortir d’affaire. Pitoyable échec moral et économique d’un certain libéralisme. Pitoyable échec de gouvernance et du peuple américain.
Rédigé par : ETF | 14 janvier 2009 à 13:06
ETF.... revenez en France ! Le bateau USA est en train de couler !
Rédigé par : Quimboiseur | 14 janvier 2009 à 15:06
Vous voudriez que je quitte un paquebot, même pitoyable, pour monter sur un radeau? Personnellement, je n'ai pas vécu "à l'Américaine". Je n'ai pas de dettes autre que mon crédit immobilier, qui est d'ailleurs tout à fait raisonnable. Je me méfie comme la peste des cartes de crédit (j'ai fait mon apprentissage après avoir vu le taux d'une de mes cartes monter jusqu'à 30% parce que j'étais en retard d'un ou deux paiements). Elevé en France, je suis sans nul doute un mauvais consommateur, un mauvais Américain, en somme. Mon derrière n’est décidément pas assez gros (quoiqu’il soit très difficile de garder la ligne ici). Je refuse, pardonnez moi, ce modèle imbécile qui transforme l’homme en une machine à bouffer et à acheter (de la M...). Consommer, oui, mais avec modération et discernement. Ceci fait apparemment de moi un horrible gauchiste. Si tel est le cas, j'assume avec joie.
Rédigé par : ETF | 14 janvier 2009 à 16:46
Non vous n'êtes pas un gauchiste. Vous êtes quelqu'un de responsable qui sait gérer selon ses moyens...
Un vrai gauchiste ce serait plutot quelqu'un qui vous dirait, vous n'êtes pas endetté, vous avez les moyens de payer, donc on peur prélèver une partie substantielle de ce que vous gagnez pour le donner à quelqu'un de surendetté et le sortir de la merde.
Un vrai gauchiste se serait dit "on va ponctionner tous les gens solvables pour combler les dettes et les déficits...
Mais le fait de consommer modérement et sans s'endetter ce n'est ni être gauchiste, ni être droitiste.... C'est tout simplement être raisonable !
Rédigé par : Quimboiseur | 14 janvier 2009 à 17:39
J'en conclue donc que le gouvernement Américain, Bush en tête, est un "vrai gauchiste".
Il est vrai que Bush, n'en déplaise à ses fans aveuglés par l'idéologie (suivez mon regard), est l'enfant naturel de Keynes. On a diminué les impôts pour encourager la consomation, tout en laissant filer les déficits.
Mais non, que dis-je. Bush n'y est pour rien!
Rédigé par : ETF | 14 janvier 2009 à 17:49