Trés compliqué , vu d'Europe , de comprendre ce qui sépare la droite Républicaine et la gauche Démocrate aux Etats Unis : nos idéologies rancies ont mal supporté le voyage transatlantique. Depuis Obama , la principale accusation des Républicains contre le parti du Président est son désir , présumé, de vouloir "européaniser" l'Amérique . Les Démocrates s'en défendent ; la plupart d'entre eux réfutent aussi l'étiquette de "liberal" qui aux Etats-Unis désigne à la fois des penchants socialistes et un certain manque de rigeur moral. Obama se définit lui-même comme "pragmatique" ce qui n'engage à rien. En même temps , les incessantes références des Obamaniaques à une Sécurité sociale à l'européenne ou à une société plus régulée illustrent bien ce désir d'Europe. celui-ci est explicite dans une oeuvre de référence, tout juste publiée , The economic naturalist de Robert Franck . Grâce à cet économiste de l'Université Cornell , on peut entrer dans la logique Démocrate présente , publiquement inexprimée voire niée.
Franck considére , conformément à la Constitution américaine ,que le but des Etats-Unis , est la recherche du bonheur : The Pursuit of Happiness. Mais le bonheur , selon Franck et les travaux de psychologie appliquée auquel il se réfère , est affaire de contexte et toujours relatif. Les Smiths sont heureux d'avoir une SUV plus grosse que celle de leurs voisins , les Johns ou les Gupta ou les Wang. Ils sont heureux aussi d'avoir une plus grosse maison, dans un quartier mieux servi par de meilleures écoles. Mais les services publics sont également délabrés pour tous et les assurances sociales aléatoires. Imaginons donc , contrairement aux Républicains , que l'Etat augmente fortement les impôts : les services collectifs seraient plus adéquats , tous seraient assurés . Les Smith auraient une plus petite voiture mais les Johns ou les Wangs aussi : le bonheur de chacun étant relatif à l'autre , tous seraient heureux comme avant mais tous auraient accés à plus de biens communs. Nous sommes là au coeur du projet "européen" , "liberal" , et Démocrate.
Cette utopie européenne souffre tout de même de deux faiblesses constitutives : la liberté de choisir ( Freedom to chose selon Milton Friedman) , serait restreinte puisque l'Etat choisirait à la place des individus ce qui est bon pour eux . De fait , comme en Europe. Par ailleurs , Franck comme la plupart des auteurs de sa mouvance , est excellent pour décrire les vices d'une société non réglementée , d'assurances sociales aléatoires , de la course à l'argent sans sens ; mais il suppose que l'Etat serait nécessairement juste et bon là où le marché est aujourd'hui dysfonctionnel . Or le marché est certes , imparfait ; mais l'Etat l'est aussi ; l' Etat - Franck en convient - peut devenir plus dangereux que le marché. Les Obamaniaques sont discrets sur le sujet.
Les partisans les moins persuasifs de" l' européanisation "des Etats Unis , sont les Américains qui passent par l'Europe - cas de Franck - en vacances ou pour quelques conférences : Franck adore le TGV et les soins gratuits dont il a bénéficié en France. Mais qui a payé ? Pas Franck . De même , le taux de chômage aux Etats- Unis , en crise , atteint 8% : les Américains estiment que c'est intolérable . Mais quel est le taux moyen de chômage en Europe , même en dehors des crises ? Pourquoi les Américains ont-ils en moyenne, un pouvoir d'achat supérieur de 20% à celui des Européens ? Pourquoi Microsoft a été développé à Seattle et pas à Bures sur Yvette?
L' Europe vu de la gauche amércaine est donc une construction pour partie juste et pour une plus grande partie , idéologiquement gonflée.
Cest ainsi que des économistes ( c'est le cas dans toutes les sciences comme l'avait montré l'historien des sciences , Thomas Kuhn : chacun ne cherche qu'à l'intérieur d'un paradigme dominant ) , sous couvert de la science, avancent masqués : au départ , il existe - presque toujours -une préférence affective sur laquelle on bâtit un modèle plus ou moins empirique .
Il me semble aussi - là, Franck est en désaccord total avec mon jugement- que les Démocrates" pro Européens" , sont en partie du moins , les héritiers de la tradition puritaine : ils n'aiment pas ces Smiths , trop gros, avec leurx excés , leur SUV , leur jacuzzi surdimensionnés. Pour peu que les Smith votent Républicain , ils rétorqueraient à Robert Franck, que l'Amérique c'est justement le droit d'avoir cette trop grosse voiture. Et que pour eux, c'est ça The Pursuit of Happiness.
Le vrai bonheur c'est d'avoir une femme avec qui ca se passe bien, d'avoir des enfants en bonne santé physique et mentale... Et d'avoir un bon niveau d'éducation !
Tout le reste n'est que futilité matérielle !
Rédigé par : Quimboiseur | 03 mai 2009 à 02:03
Oui , sans doute mais il faut aussi savoir rêver et ensuite se fixer des objectifs de vie pour "construire" et la réussir avec épouse et enfants.
Rédigé par : ASD | 03 mai 2009 à 09:51
Vous confondez (délibérément) humanisme et puritanisme. Ce n'est pas par bigotterie que les démocrates (et une majorité d'américains, dois-je le rappeler), souhaitent plus de social, de trucs assez basiques genre healthcare pour tous, éducation abordable, etc, et plus de justice économico-sociale (genre, moins de cartes de crédit à 30%, un peu moins d'impôts sur les classes moyennes et un peu plus sur les hyper-riches).
Aux US, on a les mêmes déficits publics qu'en Europe, voire pire, les services en moins. Et surtout, le rêve américain de "moi aussi je vais être riche" ressemble maintenant à ce qu'il est: une belle arnaque, vendue par des charlatans qui s'en sont mis plein les poches et laissent maintenant l'addition aux pigeons (ou, dodo birds, devrais-je dire).
Quant au grosses bagnoles, personne ne vous empêche d'en acheter une. Sauf que plus personne n'en veut. GM, anyone? Idem pour les Mac-Mansions et les jacuzzi-piscines. L'état n'y est pour rien.
C'est vous qui avez, et je le dis ici depuis longtemps, une vision rancie, fixiste, de ce qu'est l'Amérique.
Il faut vous mettre à jour, cher tôlier. Upgrader votre software (le hardware, c'est plus délicat) et rebooter la machine. Welcome to 2009.
Ce ne sont pas les vilains démocrates qui veulent un peu plus "d'Europe", c'est une majorité d'Américains.
Rédigé par : ETF | 03 mai 2009 à 11:30
"C'est ainsi que les économistes, sous couvert de la science, avancent masqués: au départ il existe- presque toujours- une préférence affective sur laquelle on bâtit un modèle plus ou moins empirique"...
Voilà une vue particulièrement lucide, cher Monsieur Sorman. Mais je suppose que vous, vous êtes un vrai scientifique, à l'abri de ces biais affectifs...;-)
Rédigé par : El Oso | 03 mai 2009 à 12:49
Illustration d'une Amérique changée:
"Nearly three out of four Americans support government programs to improve the country's health care system.
Seventy-two percent of those questioned in recent CNN/Opinion Research Corporation survey say they favor increasing the federal government's influence over the country's health care system in an attempt to lower costs and provide health care coverage to more Americans, with 27 percent opposing such a move. Other recent polls show six in 10 think the government should provide health insurance or take responsibility for providing health care to all Americans.
The poll also indicates that health care is tied as the third most important issue for President Obama and Congress to deal with over the next year. Forty-eight percent said dealing with health care was extremely important, tied with education and trailing only the economy and terrorism as the most important issues."
http://politicalticker.blogs.cnn.com/2009/03/05/poll-do-americans-want-government-health-care-reform/
Rédigé par : ETF | 03 mai 2009 à 13:09
Bures Sur Yvette , je connais bien. J' ai passé 1 an là bas en NFI Optronique à Paris XI. Plus 2 semaines en psychiatrie.
Rédigé par : Kim Jong Ilien | 03 mai 2009 à 15:36
" C'est ainsi que les économistes , sous couvert de la science, avancent masqués "
Le 2 mai 2009, qui ose encore écrire que l'économie est une science ?
Réponse : Guy Sorman.
Rédigé par : BA | 03 mai 2009 à 16:25
Pour ETF qui nous assene uniquement les sondages qui abondent dans son sens...
Illustration d'une Amerique inchangee:
1 Un sondage Rasmussen a demande aux votants s'ils preferaient un systeme d'economie libre ou un systeme ou le gouvernement est plus implique dans l'economie. A 77% (contre 19%) ils preferent un systeme de "free market economy"!!
C'est vrai que si on emploie le mot "capitalism", un sondage anterieur ne donnait que 53% d'avantages a ce systeme... Mais tout de meme....
http://www.rasmussenreports.com/public_content/business/general_business/support_for_free_market_economy_up_seven_points_since_december
2 Le dernier sondage Fox News Poll donne 62% d'approbation a Obama et nous dit aussi que 68% des gens sont "satisfaits" des premiers 100 jours de la nouvelle Administration.
Bon.
Le meme sondage nous dit ensuite que 50% des gens (contre 38%) PREFERENT UN GOUVERNEMENT PETIT QUI FOURNIT MOINS DE SERVICES!!! Et dans la foulee, on apprend que 42% (contre 8%!!!) pensent que Obama a plutot elargi le gouvernement au lieu de le retrecir (42% pensent qu'il n'a pas bouge). Ca ne s'arrete pas la: 46% (contre 30%) pensent qu'un gros gouvernement est PLUS DANGEREUX pour le pays que ce que l'on appelle le "big business"!!!
Ensuite (accrochez vous!!): 62% pensent que les depenses gouvernementales de la nouvelle administration sont "Out of control" contre seulement 20% qui pensent qu'elles sont "managed carefully"!!!
http://www.foxnews.com/story/0,2933,517802,00.html
Contradictoire et etonnant, non???
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on peut faire dire ce que l'on veut aux sondages?
On pourra aussi voir une contradiction de fond (Obama tres populaire mais ses politiques pas populaires) que ETF se refuse a voir (en bon obamaniaque intolerant).
Quand Obama va finir par faire monter les impots (ce qui ne ratera pas, regardez l'UK de Gordon Brown qui se retrouve avec les impots a 50%!!!) on verra si les bons ricains du Middle West continueront a repondre a CNN que oui bien sur ils veulent plus de health care gouvernemental etc...
Rédigé par : Avidadollars | 04 mai 2009 à 00:16
C'est leur passion respective qui différencie l'Europe de l'Amérique; passion pour l'égalité pour les premiers, passion pour la liberté chez les seconds.
Cette passion pour l'égalité qui est une forme idéalisée de l'envie et du ressentiment ne mérite aucun respect.
Rédigé par : elgringo | 04 mai 2009 à 09:36
"Le 2 mai 2009, qui ose encore écrire que l'économie est une science ?
@ BA,
Franchement,je ne voit pas en quoi cette crise metterait en cause le principe d'analyse économique de façon scientifique.
Ce serait comme de dire que la climatologie n'est plus une science à cause du réchauffement climatique et ses conséquences à long terme.
D.J
Rédigé par : D.J | 04 mai 2009 à 17:35
Je partage pour la plupart votre désillusion de la vision de la ‘gauche Démocrate pro-européenne’. Or, cette mouvance me semble être minoritaire parmi les Démocrates. Les ‘libéraux’ de l’Amérique profonde ne sont ni socialistes ni de gauche en sens européen. Ils sont religieux, ils préfèrent toujours la liberté à l’égalité, et ils se méfient du gouvernement, grosso modo. Les élites pro-européennes et socialistes ne font que la petite minorité au sein du parti Démocrate.
Rédigé par : Krzysztof | 04 mai 2009 à 22:28
@Quimboiseur
ça ce sont des objectifs (certes fort estimables) mais ça ne dit rien des moyens d'y arriver.
Rédigé par : Patrick | 05 mai 2009 à 13:50
Très intéressant!
1. "il existe - presque toujours -une préférence affective sur laquelle on bâtit un modèle plus ou moins empirique."
Ca me rappelle le mathématicien Grothendiek, autodidacte génial, qui a écrit à propos de l'académisme des normaliens et s'agissant du développement de théories (il aurait évidemment pu l'écrire à propos de beaucoup d'autres) : "Ils sont très bons pour embellir une maison, ajouter une pièce, replâtrer la façade, mais ils ne construisent jamais une nouvelle maison de leurs propres mains" (de mémoire).
2. Ceci mis à part.
"Les Smiths sont heureux d'avoir une SUV plus grosse que celle de leurs voisins , les Johns ou les Gupta ou les Wang."
"Pour peu que les Smith votent Républicain , ils rétorqueraient à Robert Franck, que l'Amérique c'est justement le droit d'avoir cette trop grosse voiture."
Dans votre scénario, vous ne convoquez pas les Johns, les Guptas, et les Wang.
Qu'en pensent t'ils? Sont-ils plus préocupés par le droit des Smith d'être plus riches qu'eux ou par l'éducation et la sécurité dans leur quartier (eux n'ont pas de quoi se payer des barbelés et une milice privée)?
Et à 3 contre 1, que se passe t'il, en démocratie?
Il n'y a que dans un pays culturellement hostile à l'"Etat" que la démocratie peut laisser longtemps 3 familles en situation précaire pendant que les Smiths regardent la télé dans un sauna.
Si les démocrates américains font ce constat, sont-ils autre chose que, simplement, démocrates?
Si c'est çà, il n'y a rien de très compliqué, même vu depuis l'Europe moisie.
Rédigé par : Gatien | 06 mai 2009 à 02:22
Peut-être que les trois familles n'ont pas ou ne veulent pas trop se donner la peine de travailler ou qu'elles préfèrent partir en voyage en Europe à Bur les truc muches ou encore qu'elles economisent pour une super assurance santé... et que les smiths n'ont qu'une grosse voiture...
Bref ils aiment avoir le CHOIX et pas que l'on choisisse pour eux.
Quand aux grosses voitures, ils les aiment toujours : ce n'est certes plus celles de GM, mais les japonnaises et quelques allemandes (je n'ai pas vu beaucoup de clios & co), mieux finies, plus fiables et économiques. Le problème de GM est le manque d'innovation technologique.
Rédigé par : OL | 09 mai 2009 à 00:27