Le week end de la liberté organisé par le Cercle Frédéric Bastiat à Saint Loubouer dans le Landes , prés du lieu de naissance du plus célèbre des économistes français ( Bastiat naquit à Bayonne mais vécut à Mugron, les deux communes où son buste est érigé ) , incite à relire son discours intitulé Le Capital :
" Combien donc ne se fait-on pas illusion , quand on croit augmenter les matériaux , les instruments et les provisions du pays en augmentant l'argent et les billets!"
En 1848 , Bastiat dénonce ainsi les partisans de la relance par le déficit public et l'inflation : les Ateliers nationaux préconisés par les Socialistes. Pas surprenant que Milton Friedmann reconnut en Bastiat , son précursueur. Mais pas prophète en son pays. Dans ce même discours à l' Assemblée nationale , Bastiat ajoute :
" Français , faut-il le dire ? Notre chère patrie brille aux yeux des peuples par des qualités éminentes ; mais ce n'est pas parmi nous qu'il faut chercher ces trois conditions essentielles pour la formation des capitaux : sécurité , liberté, économie . C'est là et là seulement , qu'est la cause du paupérisme ".
Bastiat est alors député des Landes et siège à la Commission des finances. A qui s'en prend-t-il ?
L' adversaire est Proudhon , le fondateur du Socialisme français ( que Marx qualifiera d'utopique tandis que sa version se définit comme "scientifique "), auteur de "La propriété , c'est le vol!"( 1840) .
Et rappelons pour mémoire, pour le style aussi, l' éloge fameux de la concurrence par Bastiat : " Il se trouvera toujours des marchands de chandelles pour se plaindre de la concurrence du soleil".
Des pensées ausi fortes ne s'entendent -elle plus trop dans notre Assemblée nationale .
Bastiat mourut jeune , à 49 ans , en 1850 , le choléra sans doute. Son contemporain , Alexis de Tocqueville ne vécut pas plus longtemps , mort à 54 ans : la tuberculose. Ces deux-là auront tout de même trouvé le temps de fonder le libéralisme français , politique pour Tocqueville , économique chez Bastiat.
Et très vite on les oublia : à droite , on préférait , on préfère le despotisme éclairé à la démocratie et à gauche , la redistribution plutôt que l'entreprise. Leurs ouvrages ne furent plus édités , leur mémoire comme effacée , exclus évidemment de l'enseignement, pendant un siècle .
L'un et l'autre ne resurgirent que dans les années 1960 pour Tocqueville , un peu plus récemment pour Bastiat : dans les deux cas , par le détour des Etats-Unis . Là-bas, ils n'avaient jamais cessé d'être publiés, lus et étudiés. Raymond Aron et François Furet , constatant au cours de leurs conférences américaines combien Tocqueville et Bastiat y étaient respectés , les réintroduiront en France. Il est rare qu'au cours de mes propres causeries aux Etats-Unis , on ne m'interroge pas sur Bastiat .
Sous l'impulsion de Furet , l'interprétation marxiste de la Révolution de 1789 ( La lutte des classes ) va céder à celle de Tocqueville ( L'influence des idées ) . Au début des années 1980 , une nouvelle génération d'économistes libéraux se fraie un chemin dans l'Université française : Bastiat est son étendard . J' y ajoute volontiers Bertrand de Jouvenel, pour son livre Du pouvoir : Histoire naturelle de sa croissance , 1945 ( attention chef d'oeuvre en péril ) , co fondateur avec Hayek , en 1945 , de la Société de pensée dite du Mon Pélerin( devenue , à ce jour, une chapelle désuète ) .
Bastiat est français, Milton Friedmann est disciple de Bastiat : le Reaganisme n'est donc pas seulement anglo -saxon .
Et quelle France , celle des années 1830-1840 , qui produit à la fois , le socialisme avec Proudhon, le prophétisme démocratique avec Tocqueville et le libéralisme économique avec Bastiat !
Dax 4 juillet , New York 11 juillet.
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