A PEKIN , 29 MAI ,
Si j’en crois Mao Yushi, le seul économiste de Pékin en qui on peut avoir confiance - la preuve : il est sous surveillance policiere -, il est inéluctable que la bulle spéculative de l’immobilier chinois éclatera. Il estime à un tiers les surfaces de bureaux inoccupés dans les tours qui fascinent les visiteurs béats, à Pékin et à Shanghai. Les immeubles de logements sont plus utilisés mais tout de même trop nombreux pour la population solvable, la nouvelle classe moyenne. De plus, les loyers pour les bureaux et les logements sont très inférieurs à ce qu’exigerait le capital investi. Comment expliquer cette bulle immobilière ? La nouvelle classe moyenne chinoise – que l’on peut estimer à deux cents millions de personnes – épargne énormément, de l’ordre de 40% de son revenu. Cette épargne est destinée à financer les études des enfants, les soins et autres risques puisque l’Etat ne prend en charge aucun service à caractère social. Les Chinois ne sont donc pas culturellement économes mais affectent spontanément aux services collectifs ce qui, en Occident, est payé par l’impôt : comparer 40% d’épargne spontanée à 50% de prélèvements publics en France.
Mais où placer ces 40% d’épargne ? Les Chinois ont peu de choix. La bourse de Shanghai a ruiné à plusieurs reprises ceux qui y ont cru. Les placements à l’étranger, y compris à Hong Kong, sont interdits aux citoyens ordinaires puisque la monnaie nationale, le Yuan, n’est pas convertible. Ceux qui ont des revenus limités déposent donc leur argent aux banques nationales qui versent un intérêt de l’ordre de 1%, inférieur à la hausse des prix. Ces sommes sont ensuite prêtées à l’Etat qui peut ainsi aménager les infrastructures gigantesques que l’on connaît : aéroports, autoroutes, stades olympiques (à l’abandon). Ceux qui déposent des revenus plus conséquents et n’aiment pas être grugés par les banques et le Parti, investissent donc dans l’immobilier : le seul investissement privé possible en fait. D’où l’abus de constructions et l’inflation des prix. Mao Yushi n’envisage aucune autre issue que l’éclatement de cette bulle spéculative. Elle ruinera les classes moyennes qui pourraient se retourner contre les autorités politiques. Les conséquences sur l’emploi seraient dramatiques puisque l’immobilier, entre constructeurs et fournisseurs, emploie environ cent millions de personnes. Les banques chinoises, contrairement à ce qui s’est produit en Occident, seraient peu affectées car l’immobilier est financé à 60% par l’épargne individuelle et le solde à crédit : les banques récupéreraient donc à bon prix les immeubles dévalorisés.
Quand on demande à Mao Yushi quels sont les principaux risques pour la société chinoise, il en cite deux : l’éclatement de la bulle immobilière et le chômage des jeunes diplômés. Sur six millions de diplômés chaque année, trois ans plus tard, la moitié n’a toujours pas trouvé d’emploi parce que l’économie chinoise, l’atelier du monde, ne génère pas suffisamment d’emplois qualifiés pour recruter touts ces talents .
Mao Yushi, en cinquante ans de carrière, s’est rarement trompé. Quand la Chine s’éveillera, il se pourrait que ce soit de mauvaise humeur.
















Faites un signe quand vous atterrissez à Paris. Ce n'est pas parce que vous ne faites pas l'âge que vous avez probablement que vous pouvez faire des choses qui ne sont plus de votre âge !
Quelle arsouille*, ce Guy Sorman !
"C'est le roi des casseurs
C'est le roi des tombeurs
Il est brillant
Comme le diamant
Rapide comme le vent,
L'Arsène"
*dans le sens belge
Rédigé par : Jeo | 31 mai 2010 à 13:08
Cette semaine , anniversaire du massacre de Tian Anmen dont l'existence est toujours nie par le PC chinois : je m'expliquerai sur le sujet ce vendredi ici et par voie de presse ecrite
Rédigé par : guy sorman | 31 mai 2010 à 13:17
La formation de cette bulle éventuelle a donc des causes politiques, si l'on suit G. Sorman (puisque l'Etat entrave la liberté du marché en intersisant aux citoyens de placer leur argent à l'étranger).
Mais si la bulle immobilière éclate, on dira une fois de plus que le "capitalisme débridé à la chinoise" en est responsable.
Rédigé par : Emmanuel | 31 mai 2010 à 13:40
Si la théorie de G. Sorman est vraie, ce n'est donc pas le capitalisme qui est responsable mais son absence.
Rédigé par : Emmanuel | 31 mai 2010 à 13:53
"Si la théorie de G. Sorman est vraie, ce n'est donc pas le capitalisme qui est responsable mais son absence."
Non. C'est plutôt la réaction du système capitaliste à un état autoritaire qui en est la cause. Le capitaliste, c'est ce que la nature a inventé de mieux pour l'évolution de l'humanité. Viol les lois de la nature et tôt ou tard, elle te pètera au visage comme une bombe à retardement. C'est ce qui viens d'arriver à la Grèce et c'est ce qui arrivera aussi à l'Europe, ainsi qu'à tous les pays qui passe des lois qui prétendent passer des lois qui prétendent "corriger" le système capitaliste.
Rédigé par : G.M. | 31 mai 2010 à 14:50
"40 % de taux d'épargne"
Le capitalisme est-il suffisant pour offrir aux chinois sécu + système scolaire efficaces , L'épargne individuel (chacun pour soi)suffit- elle ?
Rédigé par : Emmanuel | 31 mai 2010 à 18:06
Combien d'actifs pourris les banques de la zone euro possèdent-elles ?
Selon la Banque Centrale Européenne, les banques de la zone euro ont dans leurs livres 195 milliards d'euros d'actifs pourris.
Vous avez bien lu : 195 milliards d'euros d'actifs pourris.
Ce sont de soi-disant "actifs", mais leur valeur réelle est égale à zéro.
Quand le patron d'une banque européenne vient frimer devant les caméras de télévision, quand il prétend que sa banque est saine, quand il raconte que sa banque est solide, ne le croyez pas.
Les patrons des banques de la zone euro sont des menteurs.
Les banques de la zone euro ne sont plus que des banques zombies.
Contribuables, préparez-vous à payer.
http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE64U0Q520100531
Rédigé par : BA | 31 mai 2010 à 21:17
Le communisme à la chinoise, c'est la nomenklatura, la corruption, la dictature, et pas de services sociaux.
Bref, l'arnaque absolue!
Rédigé par : ETF | 31 mai 2010 à 22:56
http://weinstein-forcastinvest.net/marc-fiorentino-ne-porte-pas-la-chine-dans-son-coeur/
Marc Fiorentino: "La Chine n’est pas en situation de force. Contrairement aux apparences, elle est en situation de faiblesse économique.Sa croissance ressemble à s’y méprendre à celle des Etats-Unis en 2006.Lencours des crédits explose et les banques prêtent à tous, même à ceux qui ne pourront jamais rembourser, surtout sil sagit dinvestir dans un marché immobilier qui sest envolé et dans un marché boursier ultra spéculatif. Les crédits en Chine sont devenus majoritairement des subprimes.Les autorités Chinoises le savent. Elles tentent de contrôler cette exubérance irrationnelle mais elles sont coincées. Si elles remontent les taux, la pression à la hausse sur le yuan va exploser et l’économie peut s’écrouler comme un château de cartes. Si elles ne font rien, la bulle va encore grossir avant d’exploser.La Chine est dans une situation similaire à celle du Japon en 1989 et à celle des Etats-Unis en 2006." La Chine n' est plus communiste mais dirigé désormais par un parti bourgeois.Comme le reste du monde, elle peut couler en quelques mois.
Rédigé par : Kim Jong Ilien | 01 juin 2010 à 02:04
Il faut quand même reconnaitre que la croissance a été forte ces dernières décennies:
http://www.cartografareilpresente.org/article106.html
Au cours du dernier quart du siècle, au cours des 25 dernières années, la part de l’Asie orientale et méridionale dans le Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, calculé en parité de pouvoir d’achat, a presque triplé, passant d’à peu près 12% du PIB mondial en 1980 à près de 34% du PIB mondial aujourd’hui.L’augmentation régulière du PIB par habitant est une mesure encore plus fine et parlante du niveau de développement d’un pays, qui permet de saisir le caractère dramatique de la transformation en cours. De 1975 à 2005, le PIB par habitant de la Corée a été multiplié par 15 ; le PIB par habitant de la Malaisie a été multiplié par 9 ; le PIB par habitant de Singapour et de la Thaïlande a été multiplié par 11. Et le PIB de la Chine, qui a une population entre 1 et 1,3 milliards d’habitants aujourd’hui - un quart du monde -, a été multiplié par 29 ! Dans le même espace de temps, le PIB par habitant du Japon et de l’Italie n’a été multiplié que par 6.
Rédigé par : Kim Jong Ilien | 01 juin 2010 à 02:08
Le meilleur "actif" des Chinois, c'est encore les T-bonds ! Éventuellement des euro-bonds s'ils voient le jour...
:-)
Rédigé par : GAUTHIER | 01 juin 2010 à 18:33
"le seul économiste de Pékin en qui on peut avoir confiance". Cette seule phrase me fait vomir. Guy Sorman, qui a tout vu et à qui on ne le fait pas, l'a dit: un seul économiste sérieux sur un milliard de chinois. Quelle condescendance, quel mépris, quelle supériorité! Je ne lis même pas la suite.
Rédigé par : lebison | 07 juin 2010 à 09:55
cher Bison , vous êtes un âne : vous ignorez tout des pressions qui s'exercent à Pékin sur les universitaires qui parlent aux étrangers- c'est évidemment le sens de ma phrase
Rédigé par : Guy Sorman | 07 juin 2010 à 14:36
Il est impossible d' avoir des données fiables sur la RPC.La population serait de 1.5 milliard et non 1.3.Le PIB impossible de connaitre la valeur.Il y avait le même problème pour l' URSS:
http://www.strategypage.com/qnd/russia/articles/20070611.aspx
"In the early 1990s, when economists and accountants got the first good look at the Russian economy since the early 20th century, it was found that the Russian GDP was about four percent of the U.S. GDP. Add back all the lost components of the Soviet Union, and you still don't have a GDP amounting to more than six percent of the American one. How did the Soviet Union achieve superpower status on such a thin economic base? They did it mostly with illusion, and an excessive arms budget that ruined the economy. Starting in the 1960s, the military got a priority on government spending, and permission to build an industrial complex that dominated the entire economy. This was part of a political deal, to keep one faction of the Communist Party in power. With a GDP more than ten times the size of the Soviet Unions, the U.S. could spend five percent of GDP on defense, and far outspend the Soviet Union. Worse yet, Soviet accounting practices, like so much else they did, were opaque and self-delusional. It wasn't until after the Soviet Union collapsed that anyone could get an idea of how large the Soviet defense budgets were, and it turned out they were less than half the size of the American ones. Suddenly, a lot of Soviet military policies made sense. Russia bought lots of weapons, but did not have the money to maintain them, or even allow the troops to train with them. That was known, and in light of how the Soviet defense budget was set up, was understandable, and inevitable. "
Rédigé par : Kim Jong Ilien | 08 juin 2010 à 02:16